Archive pour mars 2008

Aspect pratique de la prise en charge de l’état nutritionnel du patient âgé

Samedi 22 mars 2008

Tout accompagnant gériatrique est un jour ou l’autre confronté au refus alimentaire des personnes âgées.

Malgré un cadre de vie agréable, un chef de cuisine génial, une nourriture saine et variée et des repas équilibrés, certaines personnes âgées refusent de manger…

Si un certain nombre de personnes âgées présentent un excès pondéral – si éprouvant pour le dos des soignants – environ 40% d’entre elles, pour la grande majorité des patients confus, sont dénutris. Or, assurer un bon état nutritionnel de nos aînés favorise la sauvegarde de leur potentiel santé.

Pourquoi certaines personnes âgées refusent-elles de manger, malgré tout ce qui est mis en oeuvre ?

Nous savons bien que ce n’est pas simplement: «parce qu’ils sont vieux», «parce qu’ils ne bougent plus», «parce qu’ils ne goûtent plus», ou encore «parce qu’ils sont déprimés» que les patients âgés refusent parfois de se nourrir. Face au refus de nourriture, il est important d’effectuer une brève «étude du terrain», à la fois physiologique et psychologique, afin de pallier au plus vite le déficit alimentaire qui peut avoir de lourdes conséquences.
Boire et manger répondent à des besoins primaires et physiologiques, mais également à une notion de plaisir.

L’état physiologique

Un parcours des ETAPES DE LA DIGESTION permet de vérifier des choses simples, qui sont souvent à l’origine du refus de nourriture.

La bouche

La bouche, caverne mystérieuse si riche de secrets, est baignée par la salive…
Avec l’âge, la production de salive diminue progressivement. Un des meilleurs moyens de solliciter la salivation est de répandre dans la pièce des effluves qui mettent en appétit, de présenter des mets attrayants et colorés.

Les dents servent à la mastication, première étape de la digestion.

Envisageons trois situations.

• Quand il y a encore des dents, elles sont souvent en très mauvais état… Un seul chicot peut donner des gingivites spectaculaires, face auxquelles le patient, parfois, ne se défendra qu’en refusant d’ouvrir la bouche.
Dans ce cas, il sera souvent utile de demander l’avis d’un stomatologue.

• Quand il n’y a plus de dents, il faut se demander pourquoi. J’ai souvent rencontré des prothèses dentaires multicolores garnissant les tiroirs les tables de nuit plutôt que les bouches où elles devaient se trouver…

• Quand la personne porte des fausses dents, il faut vérifier leur état. Le seul fait de réajuster les prothèses blessantes ou devenues trop grandes peut rendre au patient l’envie et le goût de manger.

L’état de la langue peut également entraîner un refus de se nourrir. Faisons tirer la langue, pour en apprécier l’aspect, afin de poser des hypothèses qui permettront une remédiation.
La langue est-elle sèche? Le patient prend-il des calmants, des antidépresseurs ?
La langue est-elle sabburale? Est-ce provoqué par une mycose, un reflux?
La langue est-elle écarlate, dépapillée? Est-ce une mycose?
La langue est-elle ciselée ou ulcérée? N’est-ce pas provoqué par des dents cassées, par des dépôts alimentaires coincés entre la joue et la gencive?…

Vérifions également l’état des muqueuses et des lèvres.

Sont-elles ulcérées, aphtées, gercées ? Les commissures sont-elles ouvertes ?
Autant de «détails» favorisant le refus de manger…
Un traitement adéquat diminuera la douleur engendrée par la simple ouverture de la bouche.

La gorge

Faisons contrôler s’il y a une rougeur, de la douleur, des amygdales tuméfiées… Certains patients déments n’émettront aucune autre manifestation que le refus de s’alimenter parce que la déglutition est devenue douloureuse. N’oublions jamais qu’une bouche en bon état est une garantie d’appétit et de bonne digestion pour nos hôtes!

Plus difficilement observable à l’oeil nu:

L’oesophage

Avec l’âge, l’activité motrice de l’oesophage diminue fortement. On peut apprécier l’état de l’oesophage en interrogeant le patient ou en consultant son dossier médical.
Y est-il question de dysphagie, de pyrosis, d’oesophagite, de hernie hiatale ou encore de reflux gastrooesophagien?…
Toutes ces indications sont une aide précieuse dans l’attitude à adopter face au refus de s’alimenter.
L’évaluation des différents stades de dysphagies (voir numéros précédents) permet également d’adapter la texture alimentaire à chaque cas particulier.

L’estomac

Avec l’âge, la vidange gastrique est plus longue et la production d’acide diminue fortement. Or, on sait que pepsine et HCl sont indispensables pour digérer les protéines. Le médecin
attentif peut y apporter une remédiation.
De plus, les patients sont souvent sous anti-acide… Il est intéressant d’en connaître la raison. Y a-t-il une gastrite, un ulcère, un cancer ? Les médicaments ont-ils toujours bien un intérêt thérapeutique ?

L’intestin

L’anamnèse donne des indications sur l’état de l’intestin.

Polypes, diverticules, utilisation d’opiacés ou de certains autres antidouleurs sont autant de facteurs qui perturbent le transit et entraînent soit de la constipation, soit des diarrhées.
L’obsession d’aller à la selle provoque parfois, à elle seule, des problèmes de constipation opiniâtre. La vigilance s’impose car le fait de souffrir de constipation peut interférer sur l’appétit.
Il faut, dans ce cas, aider le patient à avoir un projet de vie, le distraire par des activités afin de détourner son esprit de cette obsession invalidante.
La muqueuse intestinale, quant à elle, peut être abîmée (érosion) par le stress, le tabac, l’alcool, les corticostéroïdes, les anti-inflammatoires, les antibiotiques qui détruisent surtout la flore. Il sera utile d’interroger le patient ou sa famille afin d’évaluer le contexte psycho-affectif pour aider le médecin à instaurer le traitement qui s’impose.

L’ampoule rectale

On sait que l’âge diminue la tonicité des sphincters et, le manque de force pour pousser aidant, de nombreuses ampoules rectales rebondissent de trésors bien gardés parfois pendant longtemps… Ce phénomène couramment retrouvé chez les patients grabataires peut entraîner un mal-être général ne favorisant guère l’envie de manger.

Ne jamais oublier que vider les ampoules pleines rend tonus et (ré)confort…et qu’installer les patients correctement en position assise pour déféquer rend dignité et facilité !

Evaluation de l’état nutritionnel (Mini Nutritional Assessment MNA™)

L’état psychologique

Outre tout ce qui se passe au niveau du système digestif, une attention particulière doit être apportée à tout ce qui se passe «entre les oreilles».
Lorsque la personne âgée arrive en maison de repos c’est, la plupart du temps, en bout de course de pertes multiples (conjoint, famille, maison, rôle social…).
Aussi, elle va devoir s’adapter à un nouvel environnement. Elle va être obligée de manger en collectivité, parfois avec, ou en face, de gens qui ne lui paraissent pas sympathiques, à des heures précises, des mets qu’elle n’aurait ni choisis, ni préparés…
Laissons une place importante au temps d’adaptation à la vie en collectivité, facteur essentiel de réussite de la prise en charge.
D’autre part, d’un point de vue sensoriel, la vue, le goût, l’ouïe, le toucher, l’odorat diminuent chaque jour un peu plus… ce sont encore des pertes et des deuils qu’elle va devoir assumer.
Il sera important de l’aider à pallier ces pertes par de petits détails tels que :

• une table propre et joliment dressée…
• de la vaisselle agréable et des verres transparents…
• des couteaux qui coupent, des fourchettes qui piquent et des cuillères assez grandes pour qu’elles contiennent encore un peu de soupe à l’arrivée…
• des mets colorés, variés, pas trop copieux…
• des repas mixés mais pas barbouillés…
• de la musique douce, des fleurs, des plantes, des cadres, de la lumière…
• du soleil et de la douceur dans le sourire et les gestes du personnel !

Lorsque cette «reconnaissance de terrain» aura été effectuée, il faudra également réaliser un «bilan nutritionnel de la personne âgée» en se faisant aider d’un questionnaire mis au point par des spécialistes de la nutrition (voir MNA).
En effet, en maison de soins, il n’est pas rare de constater que l’on a tendance à travailler dans l’approximatif au niveau de l’apport des compléments alimentaires.

«Deux ou trois apports de ceci, un peu de crème comme cela, elle est si bonne, ou encore une mesure de telle poudre dans le potage ou de telle autre dans le café, cela évite de mettre du lait et en plus ça le rend juste crémeux…». Ce tableau, brossé sans trop d’exagération, s’avère coûteux et inefficace la plupart du temps si les produits ne sont pas correctement utilisés. Par
exemple, l’utilisation de produits trop riches en protéines sont contre-indiqués chez les patients en insuffisance rénale et, paradoxalement, ils peuvent avoir pour conséquence un amaigrissement (l’utilisation très en vogue des régimes hyperprotéinés pour maigrir en sont la preuve).
L’idéal consisterait, pour chaque cas, à réaliser une anamnèse alimentaire avec le patient et sa famille, afin de connaître quelles étaient ses habitudes alimentaires à domicile, ses goûts, ses dégoûts,
ses intolérances… Dans le dossier personnel du patient figurerait une évaluation de sa prise nutritionnelle et hydrique pouvant être régulièrement réévaluée en fonction de son état.

Le critère hydratation revêt ici toute son importance. On rencontre souvent des patients qui, par peur de se souiller ou de déranger trop souvent le personnel, diminuent considérablement leurs apports en liquide, ce qui entraîne des diminutions d’état général et d’appétit avec toutes les conséquences sur la santé que l’on connaît.
(On peut se poser la question de savoir comment les gobelets de boissons destinés aux grabataires attrapent subitement des pattes pour se retrouver, comme par enchantement, à des endroits vraiment inaccessibles par ceux-ci…).
Enfin, on gardera en mémoire que le simple contrôle régulier du poids apportera une indication non négligeable dans l’évaluation de l’état nutritionnel des patients âgés.
Pour conclure, je dirais que la prise en charge de l’état nutritionnel des personnes âgées qui nous sont confiées doit avoir sa place dans la prise en charge globale du patient.

Cela permettrait de sauvegarder leur potentiel santé en leur apportant une meilleure résistance aux infections et aux escarres dont ils sont si souvent la proie, diminuant ainsi temps et coût en matière de soins de santé.

Solange GOFFIN

Clown Thérapie

Mardi 11 mars 2008

Une aventure clownesque !

Il y a quelques années, attirée par ce jeu de mot « le clown gai rit », je me suis inscrite à un atelier de clown-thérapie.
Il s’agissait d’un stage résidentiel d’une semaine en juillet, dans un cloître près de Malmédy.

L’idée d’apprendre de nouvelles « méthodes » relationnelles me séduisait beaucoup.
D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu une réputation de clown et mes punitions scolaires étaient très souvent motivées par le fait que je « faisais le clown » en classe !
Quelques décennies plus tard, mon tempérament clownesque n’ayant pas beaucoup changé ce stage était pour moi une aubaine : j’allais enfin pouvoir faire le clown dans ma vie professionnelle de manière autorisée !

Dés mon arrivée au cloître, un vendredi soir, tout me semblait gris : il pleuvait, le bâtiment me paraissait austère et les chambrettes peu accueillantes. De plus j’étais rongée par une grosse culpabilité d’avoir abandonné pour une semaine, mari, enfants, maison et boulot !

Après un maigre repas, le groupe de personnes inscrites au stage s’est retrouvé dans la chapelle aménagée en salle de travail.
Assis en cercle sur des petits tapis ronds, chaque personne était invitée à se présenter, expliquer ses motivations à sa venue au stage et « déposer » au groupe ce qu’elle souhaitait… C’est après deux heures de présentations, de partages et de dépôts d’émotions diverses, que j’ai vraiment pris conscience que j’avais des ischions, je ne pensais qu’à cela !

Tout cela me semblait étrange, moi qui était venue pour apprendre de « nouvelles méthodes » je ne comprenais pas très bien pourquoi il fallait tant parler de soi!
Il m’intéressait surtout de savoir quel « certificat », « attestation », voir « diplôme » me serait remis en fin de stage et comment étaient organisées les « évaluations »… Est-ce que j’allais pouvoir faire le clown dans mon service dès la semaine suivante ?
En effet, en tant qu’infirmière responsable habituée à tout bien gérer, j’avais déjà programmé d’aller m’acheter un beau costume bariolé !
Il ne m’importait guère de « déposer » quoi que ce soit, puisque je n’avais pas de problème, mais bien de connaître le QQCQ de ce groupe particulier (entendez : Qui fait Quoi ? Comment ? Quand ?)
Excédée par toutes les larmes, les colères, et les dépôts de misères des autres participants, j’ai demandé au thérapeute de me dire clairement quelles seraient les nouvelles compétences que je pourrais appliquer dès la fin du stage ?
Et là avec beaucoup d’empathie et de respect j’ai reçu ma première douche froide en entend le thérapeute me répondre gentiment: « ici, il n’y a pas de « méthodes », « de recettes », de « compétences » ni de « savoir-faire » ou encore de « techniques » il y a juste à apprendre à « être » ! « Accueillir ce qui vient, comme ça devient, laisser l’effet se faire » ! Trop perturbée que pour bien entendre, j’avais compris : « laisser les fesses faire »… Cela me semblait vraiment trop compliqué ! Le cœur rempli de rancœur, des larmes de colère dans la voix, j’ai quand même insisté : « Oui, mais… Je ne comprends pas ! Quand est ce que je serai clown thérapeute alors, si ce n’est pas à la fin du stage ? Et le thérapeute de me répondre avec plein de compassion et de tendresse dans le regard : « Est ce que dans une dizaine d’année cela te conviendrait-il? »
C’est à ce moment très précis que je n’ai plus eu besoin de mots pour déposer moi aussi mes larmes, ma tristesse si profondément enfouie, que j’étais étonnée d’en avoir en moi ! Moi, si forte, sachant toujours tout gérer, tout diriger, dominer…j’étais là, assise par terre sur un petit tapis rouge pleurant je ne savais même pas pourquoi ! Deux heures seulement s’étaient écoulées et en reprenant conscience que j’étais venue pour une semaine, une incroyable envie de fuir m’envahissait !

Une semaine plus tard, j’ai échangé mon nez rosé (névrosé) contre un beau nez rouge ! Quelle aventure jusqu’à ce nouveau nez ! Rentrée chez moi, je ne pouvais que sourire lorsqu’on me demandait «Et alors, quand est ce que tu nous fais le clown ? »

Quelques années plus tard….
Comme « je n’avais pas de problème ni de « misères » à déposer », j’ai juste fait deux années de groupe régulier de clown thérapies, un cursus complet de formation au Clown Relationnel®, quelques séminaires et autres stages intensifs !

L’approche Clown relationnel® est un mode de relation qui s’inscrit dans le courant de l’Art thérapie et des soins relationnels, il s’agit d’un art de la rencontre. Un art à la fois simple et complexe, car une fois encore sans recette, abécédaire, méthode ou technique. Il n’existe aucun mode d’emploi, tout se vit dans l’instant, dans la sensation.

Etre clown…

Clown | thérapie | Solange Goffin

Se mettre « en état d’être clown » c’est s’ouvrir pleinement aux émotions dans la sensation, les amplifier et les partager pour trouver la porte d’entrée de l’Etre essentiel de l’autre.
Le clown, avec le plus petit masque du monde va oser les rires, les pleurs, les colères, les peurs au-delà des tabous, des conventions et des règles.
Il va se laisser « toucher » et laisser grandir l’état émotionnel du moment avec ce qui vient comme il vient et comme il devient.
Cette rencontre relationnelle se fait sans projet, c’est le principe de la non productivité, on n’attend aucun résultat, rien n’est programmé. L’autre sera sujet et non l’objet d’un projet ou encore d’une technique.

Aujourd’hui, si je ne devais retenir qu’une leçon de cette merveilleuse expérience ce serait : la conscience de la différence entre « faire le clown » et « être clown ». C’est cet apprentissage qui m’a rendu « vivante » présente à moi et à mes sensations. Cà n’est qu’à cette condition, de présence à moi dans l’instant, que je peux me rendre disponible à l’autre dans la relation.

Je remercie Christian Moffart* et Françoise Camus* d’avoir créé cette approche relationnelle singulière et humanisante.
Grâce à cette approche, nombreux soignants devenus apaisés sont à leur tour apaisants et vivifiants dans leur accompagnement de soins. Preuve en est que l’on ne fait pas l’économie de s’occuper de soi pour pouvoir s’occuper de l’autre !

Solange Goffin.

*Christian Moffart et *Françoise Camus sont les créateurs liégeois de l’Institut du Clown Relationnel® et de la Clown Thérapie.
Avenue des Cotteaux, 94 à 4000 Liège

La validation | Alimentation émotionnelle » | de la personne âgée ?

Vendredi 7 mars 2008

La théorie de Madame Feil repose sur la conviction que derrière tout comportement se cache un sentiment.

Exprimés, les sentiments douloureux sont reconnus et diminuent. Par contre, lorsqu’ils sont niés, ils ne font qu’augmenter.

L’intervenant en validation, développant l’empathie, va porter son intérêt sur le vécu de la personne âgée en perte d’autonomie psychique. (intérêt de l’utilisation du génosociogramme). Il ouvre ainsi une porte de communication plus consciente et construit une relation sécurisée et chaleureuse avec ces personnes.

N. Feil appuie sa méthode sur l’échelle des différents stades de vie d’Erikson.
En effet, à chaque stade correspond une tâche à accomplir. Le non accomplissement de cette tâche entraîne un sentiment négatif qui est une « perte » dans le développement de la personne.

Elle ajoute un dernier stade qu’elle appelle : stade de résolution/végétation. Toute personne doit pouvoir accomplir cette dernière tâche au crépuscule de sa vie afin de pouvoir mourir en paix.

1. Petite enfance

Tâche : Apprendre à faire confiance quand il y a frustration.

Non accomplissement de la tâche : Défiance. Je ne suis pas aimé.

2. Enfance

Tâche : Apprendre à contrôler ses sphincters. Suivre les règles. Joie d’y parvenir.

Non accomplissement de la tâche : Honte. Culpabilité. Reproche. Je souille tout.

3. Adolescence

Tâche : Trouver sa propre identité. Révolte. Séparation de l’autorité parentale.

Non accomplissement de la tâche : Insécurité. Délégation du rôle. Je ne suis quelqu’un que si je suis aimé.

4. Adulte

Tâche : Intimité. Partage des premiers sentiments. Etre responsable de ses émotions, de ses erreurs et de ses succès.

Non accomplissement de la tâche : Isolement. Dépendance.

5. Age mûr

Tâche : Produire des nouvelles activités quand les anciennes sont dépassées. Se tourner vers quelque chose de nouveau.

Non accomplissement de la tâche : Stagnation. Fixation sur des rôles dépassés.

6. Age avancé

Tâche : Boucler sa vie. Trouver la force intérieure, l’intégrité. Mélanger le passé au présent. Se donner de nouveaux buts.

Non accomplissement de la tâche : Désespoir. « Je ferais mieux d’être mort ».

7. Très grand âge

Tâche : Résolution du passé.

Non accomplissement de la tâche : Etat végétatif.

La validation porte sur le stade 7. Elle aura donc pour objet d’aider la personne très âgée à accomplir sa tâche de résolution de vie.

Quelle attitude juste adopter, quel comportement adéquat pourrait les aider ?

Que faire pour ne pas sombrer dans la tentation de déshumaniser les patients difficiles en niant leurs souffrances émotionnelles à grands coups de médicaments?

L’attitude à adopter en validation

Le personnel soignant ou non, devra revoir certains « conforts » acquis (voir l’exemple de Mme Rubis) pour adopter des attitudes d’écoute et d’empathie.
En effet, valider c’est avant tout reconnaître les émotions d’une personne, en reconnaissant la personne. C’est la prendre par la main pour faire un bout de chemin avec elle en l’acceptant là où elle est. C’est mettre tout en œuvre pour éviter à ces personnes le repli sur soi et le glissement vers un état végétatif.
C’est prendre conscience que tous ces comportements dits « déments » sont en réalité la preuve d’une grande sagesse et sont également tout ce qu’il reste à la personne pour accomplir ses dernières tâches de vie.
Etre à l’écoute des besoins dans le non jugement et le respect et entendre les messages qu’elle essaie de transmettre au-delà des mots.
Comprendre pourquoi telle personne adopte tel comportement et accepter qu’il soit le sien afin de renforcer le sentiment de sécurité ce qui permettra de faire régresser le stress qui l’habite.
Et tout cela en identifiant le canal préférentiel de communication de la personne (auditif, visuel, kinestésique) pour entrer en empathie avec elle et parler le « même langage ».

Les différents stades de la désorientation

La fuite dans l’état végétatif passe par différents stades de désorientation :

Stade 1 : la malorientation

Stade 2 : la confusion temporelle

Stade 3 : les mouvements répétitifs

Stade 4 : L’état végétatif

Certains patients peuvent parfois « surfer » du stade 1 au stade 2, mais en principe, lorsqu’un patient se trouvant dans un stade n’est pas validé, il « s’enfonce » dans le stade suivant jusqu’au non-retour de l’état végétatif.
Prisonnier dans ce dernier stade, pendant parfois des années, il se retrouve dans l’impossibilité de « lâcher prise ».

Les « techniques » utilisées en validation

Selon le stade de désorientation dans lequel se trouve la personne, différentes attitudes « validantes » sont recommandées.

Il s’agit le plus souvent de :

- Interroger la personne en la questionnant : Qui ? Quoi ? Comment ? Où ? (jamais pourquoi car cela invite à la justification, ce qui est impossible pour le patient)

• Utilisation de mots visuels : « Comment était cet homme ? grand ? petit ? Quelle était sa couleur de cheveux ? »…

• Utilisation de mots auditifs : « Faisait-il du bruit ? Qu’avez-vous entendu quand il est entré dans votre chambre ? »…

• Utilisation du canal kinestésique :« Que ressentiez-vous à ce moment là ? Aviez-vous peur ? froid ? » …

- Utiliser le toucher de la validation : par exemple, le toucher de la mère se traduira par des petits mouvements circulaires avec la paume de la main sur la joue, celui du père sera plutôt la main posée sur le dessus de la tête…

- Utiliser les contraires : « Y-a-t’il des nuits où cet homme ne vient pas ? »

- Utiliser les extrêmes : « Vient-il toujours, toutes les nuits? Qu’arriverait-il si cet homme ne venait plus jamais? Qu’ y-a-t’il de plus grave quand il est sous le lit ? »

- Utiliser la technique du miroir : C’est en quelque sorte en « mimant » exactement la posture et les attitudes de la personne que l’on se met en position d’empathie à travers tout le corps.

- Utiliser la réminiscence : « Quand vous étiez petite, c’était comment ? Et votre papa, comment était–il ? décrivez-le moi ? Aimait-il chanter ? Et que chantait-il ? Ah, le petit vin blanc! Et, si on le chantait ensemble ce petit vin blanc ? ….

Le chant est porteur de grande énergie chez ces patients. Il est curieux de constater combien une personne qui vit dans la confusion la plus complète parvient à chanter, avec émotion, une chanson sans en oublier un seul couplet.

Les effets de la validation

Nous nous sommes rendu compte que le fait d’avoir des relations authentiques avec les patients désorientés change tout à fait notre façon de voir ces patients.
Les membres du personnel qui réservent une part de temps de travail aux soins relationnels retrouvent confiance et motivation.
Ne plus être dans le jugement ou la critique disqualifiante nous donne beaucoup plus de satisfaction dans notre prise en charge thérapeutique.
Le patient dit dément d’une part, redevient une personne de qui on a envie de s’occuper et avec qui on a envie de communiquer et, d’autre part, il a besoin de beaucoup moins de médications calmantes et de contentions qu’autrefois.

Un vieil adage dit que le temps c’est de l’argent… En matière de relation, je suis profondément convaincue que le fait de donner du temps permet, presque toujours et sur bien des « postes », d’en gagner.

©Solange GOFFIN

(1) Les formations agréées par le « validation training institue » sont dispensées par le centre Rhapsodie à 1180 Bruxelles Chaussée de Waterloo, 282.

(2) Extrait du livre : « Validation mode d’emploi », Naomi Feil,Ed.. Pradel 1997.

Réflexions sur les séminaires

Lundi 3 mars 2008

Nous vous invitons ici à donner vos impressions sur les séminaires auxquels vous avez participé.

Vos témoignages

Dimanche 2 mars 2008

Vous pouvez poster vos témoignages ici (cliquez sur le titre des articles pour accéder au formulaire).

D’avance, nous vous en remercions. :D

L’aromathérapie | une vieille histoire naturelle…

Dimanche 2 mars 2008

L’histoire de la cohabitation des antilopes et des acacias est assez interpellante. Pour protéger des antilopes de leurs prédateurs, les scientifiques leur avaient créé une réserve naturelle entourée d’une clôture. Mais au lieu de les sécuriser, ils se sont rapidement aperçus que ces antilopes « protégées » mouraient dans des circonstances assez mystérieuses. Les autopsies ont démontré que les acacias de la réserve s’étaient mis à sécréter une toxine qui tuait les antilopes qui mangeaient leurs feuilles. Ainsi, tant que leur propre survie n’était pas menacée, les acacias acceptaient de « partager » leurs feuilles avec les antilopes. Mais lorsque les clôtures réduisaient le nombre d’acacias disponibles pour réaliser un « partage » équitable, cette symbiose entre le monde végétal et le monde animal se transformait en un système de défense qui devait éliminer le compagnon co-habitant… devenu prédateur.
Cette histoire, bien réelle, nous fait prendre conscience qu’il ne faut pas trop séparer les végétaux des animaux. Mais plutôt les considérer comme faisant partie d’un ensemble naturel ou comme une symbiose d’intérêts communs. C’est ainsi que l’on retrouvera chez les végétaux des remèdes pour répondre à des agressions du milieu environnant. Un des exemples les plus parlants est probablement celui des fleurs de lavande aspic qui servent d’antidote au venin des serpents que l’on trouve dans la région méditerranéenne où poussent ces fleurs au parfum si prisé. On ne s’étonnera donc pas que les fleurs de cette lavande soient aussi utilisées avec succès contre les piqûres d’insectes et les brûlures. Dans toutes les cultures, on retrouve des « remèdes » issus de la nature environnante. Notre pharmacie n’était-elle pas aussi, à ses origines, basée sur des extraits de plantes ? L’aromathérapie semble, tout comme notre bonne vieille pharmacie, remonter à la nuit des temps : en effet, les huiles essentielles étaient déjà utilisées à l’époque des pharaons.

Bien que certaines huiles soient à utiliser avec précaution et demandent dans ce cas un minimum d’information voire de formation, la grande majorité des huiles sont sans danger et d’utilisation très simple. On pourra aisément se référer aux nombreux ouvrages de vulgarisation que l’on trouve dans les librairies et les magasins spécialisés. Pour une utilisation plus précise, il existe des séminaires souvent proposés par les fabricants et fournisseurs d’huiles essentielles. Ces formations, réparties sur quelques week-end, offrent une utilisation plus pointue qui permettra de sortir des sentiers battus réservés au grand public.

Le principal avantage des huiles essentielles les plus courantes est qu’elles ne présentent pas d’effets secondaires. De plus, l’utilisation conjointe de plusieurs huiles développe une synergie qui souvent amplifie l’effet recherché – contrairement aux médicaments traditionnels.

Bien qu’en fonction de la provenance des plantes, il existe pas mal de noms aux consonances exotiques, on retrouvera souvent des plantes aux noms « bien de chez nous » déjà utilisées par nos grands-mères pour réaliser des décoctions, des cataplasmes et des tisanes. On ne sera pas étonné de retrouver de la camomille pour calmer les personnes agitées ; de la lavande et du romarin pour combattre l’anxiété ; de la mandarine, du romarin et de la camomille pour les états dépressifs ; de la mandarine et de la camomille pour les insomnies ; de la menthe poivrée, du géranium et de l’arbre à thé pour les problèmes de nez ; ou encore de la lavande pour soulager un zona ;…

Notre démarche n’est bien sûr pas de proposer le remplacement les traitements de la médecine traditionnelle. Mais l’utilisation des huiles essentielles semble démontrer qu’elles peuvent se révéler comme un complément souvent très utile dans beaucoup de traitements courants comme les grippes, les rhumes, le stress, l’anxiété, l’agitation, certaines douleurs musculaires… Et quand les symptômes de ces maladies sont détectés suffisamment tôt, on peut parfois éviter les médications traditionnelles.

Vous avez dit huile essentielle ?

L’essence volatile des plantes aromatiques est obtenue à partir d’une distillation de la partie de la plante qui contient les précieuses glandes sécrétrices (feuilles, fleurs, fruits, racines,…) : on fait passer de la vapeur d’eau (à basse pression) dans une cuve contenant les extraits de la plante. Après condensation, on recueillera l’huile qui flotte sur la partie aqueuse (appelée hydrolat). Pour recueillir toutes les molécules contenues dans la plante, il faut souvent avoir recours à une longue distillation. Car la plupart du temps, les molécules les plus bénéfiques ne passent malheureusement qu’en fin de processus. D’où l’importance dans le choix du fabriquant. Comme le temps de distillation est onéreux, si l’on achète des huiles bon marché, on risque de ne retrouver que le parfum, mais pas les précieuses molécules les plus bénéfiques. Le coût de l’huile est aussi déterminé par la quantité de matériel à récolter pour la distillation. Quand on sait qu’il faut 4 tonnes de pétales de rose (soit 1 ha de rosiers) pour produire 1 kg d’huile de rose, on comprend plus facilement le prix de certaines huiles fort recherchées !

Vers une reconnaissance scientifique ?

Des études scientifiques en cours démontrent que les huiles essentielles donnent de très bons résultats dans la guérison de nombreuses affections. Les récentes législations réglementant l’usage d’antibiotiques dans les élevages ont ouvert des portes à de nouveaux procédés de stérilisation. Et les huiles essentielles donnent des résultats parfois supérieurs aux antibiotiques traditionnels, qui, suite à la multi résistance de certains germes, commencent tout doucement à devenir inefficaces.

Les dernières techniques d’analyse chimique telles que spectrométrie de masse, chromatographie, résonance magnétique, ont permis une définition très fine du contenu des différentes huiles. On a pu ainsi répertorier les nombreuses molécules qu’elles contiennent et mieux comprendre le mode d’action des huiles. En fonction des différents constituants, on définira si une huile contient des éléments dermocaustiques, photosensibilisants, toxiques, etc.
En 1975, Pierre FRANCHOMME a développé la notion d’huile essentielle chémotypée, afin de définir précisément la nature des sous-espèces et des variétés des plantes aromatiques en fonction de leurs différents constituants. Pour une même espèce de plante, on retrouvera ainsi différents chémotypes en fonction de sa localisation géographique et donc du terrain sur lequel pousse cette plante. On différentiera par exemple sur le flacon : le thym vulgaire CT linalol du thym vulgaire CT géraniol ou encore du thym vulgaire CT thymol (CT signifiant chémotype).
Le chimiste et le biologiste y retrouveront facilement les différents constituants : les phénols, très utiles dans les maladies infectieuses (bactériennes, virales et parasitaires) ; les esters, comme calmants, sédatifs et anti-inflammatoires ; les terpènes, comme molécules décongestionnantes et expectorantes ; les lactones comme molécules cholérétiques ; etc.

Faciles à utiliser ?

Les huiles essentielles peuvent être appliquées directement sur la peau, en massant la partie concernée ou l’endroit le mieux approprié pour sa diffusion dans le corps. Le massage de certains points ou de certains méridiens d’acupuncture permet parfois d’amplifier leur mode d’action. Toutefois, on veillera à toujours vérifier si l’huile peut être appliquée pure ou si elle doit préalablement être diluée dans une huile végétale appropriée. On évitera un contact direct avec les muqueuses et les yeux.
On peut aussi profiter des huiles essentielles dans le bain. Il faudra dans ce cas toujours utiliser un produit dispersant – c’est bien connu, l’eau et l’huile ne se mélangent pas ! Bien qu’il existe des produits commercialisés à cet effet, il est possible d’utiliser du jus de citron ou des sels de mer.
Les huiles peuvent aussi être dispersées dans l’air ambiant au moyen d’un diffuseur. Cette méthode est souvent utilisée en prévention et donne de très bons résultats pour éviter le stress, l’anxiété, l’insomnie,… Elle est particulièrement efficace dans le traitement des affections ORL. On veillera à n’utiliser que des diffuseurs basés sur un système de pompe. Ces types de diffuseurs (qui présentent malheureusement un léger bruit) offrent l’avantage de ne pas dénaturer les molécules aromatiques – contrairement aux procédés de diffusion basés sur la chaleur. Toutefois, il semble que l’encens ne perde pas de ses propriétés s’il est chauffé car l’utilisation idéale de cette huile est d’en verser quelques gouttes sur des braises incandescentes.

L’art-Oma-Thérapie dans la relation à la personne âgée…

De fréquentes réflexions « d’inappétence» des personnes âgées telles que : « La nourriture n’a pas de goût… » ; « Je n’ai plus de goût à rien… » ; « Tout me semble fade… » ; « Il me manque du sel dans ma vie… » ; « J’ai tout perdu, jusqu’au goût du pain… » nous montrent bien l’importance de nos sens.
La notion de goût et de dégoût par les odeurs a également toute son importance, depuis ces armoires imbibées de naphtaline jusqu’à l’arrosage d’eau de Cologne lors des soins d’hygiène… Mais aussi les odeurs que produisent les maladies (escarres, plaies…) ou encore les odeurs produites par les personnes elles-mêmes (éructations, gaz…). On l’a compris, les odeurs occupent une place importante et naturelle dans la communication et la relation à l’autre !
De la naissance à la mort, l’homme est capable de « fixer et conserver » ce qu’il SENT : sensations tactiles, auditives, olfactives, gustatives…. Et ce qu’il RESSENT : émotions : joie, douleur, tristesse, colère, amour. Et ce, jusqu’à son dernier souffle.
C’est en revenant au corps et à ses sensations que nous pouvons toucher aux racines même de l’être et de sa mémoire dont l’absence de sens enlèverait tout sens à la vie.

Une odeur peut déclencher une émotion sans que nous ayons conceptualisé quoi que ce soit. Ce mécanisme classique est très bien illustré par « la madeleine de Proust » où Marcel Proust, après avoir trempé une madeleine dans son thé, est ramené par cette dégustation au souvenir de sa tante Léonie… Ce qui lui aurait valu quelques chapitres de son œuvre «A la recherche du temps perdu ».

Si l’utilisation des huiles essentielles dans nos soins relationnels aux personnes âgées ne requiert pas de « compétences de soignants » particulières elles demandent néanmoins une certaine rigueur dans leur utilisation.

En effet, en plus de l’aspect stimulations olfactives dans un but d’atelier de réminiscence ou en thérapie Snoezelen qui apporte confort et réconfort psychologique, les huiles essentielles peuvent revêtir des aspects plus « thérapeutiques » à manipuler avec prudence et donc connaissance.

Certaines associations d’huiles essentielles ont aussi toute leur importance en soins palliatifs et en fin de vie. On pourra les associer dans les thérapies de massage et ainsi faciliter le « passage ».

En maison de repos, la diffusion d’huiles essentielles dans l’air ambiant peut offrir certains avantages : on peut ainsi créer en fonction des besoins, une ambiance relaxante ou calmante (à base de produits naturels et non agressifs), tout en éliminant les mauvaises odeurs que nous essayons trop souvent de camoufler avec des produits chimiques de synthèse.

Depuis la nuit des temps, soigner est un ensemble de gestes et d’attitudes posées qui apaisent, accompagnent, assistent en offrant spontanément ce qui nous semble faire du bien à l’autre : souffler sur une brûlure, frotter l’endroit douloureux, sécher une larme, éponger un front en sueur, masser un ventre tendu… Autant d’attitudes que l’on a en nous sans être soignant « qualifié », car soigner reste le premier art de la vie : être attentif au soucis de l’autre et lui apporter confort et réconfort.

P. BOTTE et S. GOFFIN

Analyse transactionnelle | A.T | outil de communication dans la relation de soins .

Dimanche 2 mars 2008

Nageant à longueur de journée dans les eaux troubles de la communication, je me suis rendu compte combien il est nécessaire d’être informé, voire aidé, dans la gestion des échanges relationnels que nous entretenons avec le personnel (infirmières | aides soignantes…), les résidents et les familles qui nous entourent. Ces gens, avec qui nous passons une partie importante de notre temps, ont
des modes de fonctionnement qui ne correspondent pas toujours aux nôtres. Il est intéressant de (re)connaître quels mécanismes sont mis en place par l’autre pour communiquer avec nous. La méconnaissance de ces mécanismes peut en effet nous entraîner dans des « jeux psychologiques » d’où il est difficile de « sortir ».
Ces jeux sont d’importants destructeurs d’énergie et ont l’étrange pouvoir de nous réduire à l’état d’éponge ou de citron pressé, de façon insidieuse et parfois pour longtemps…

Plusieurs formations en analyse transactionnelle m’ont permis d’avoir un regard plus clair sur mon propre mode de fonctionnement dans la communication avec les autres. Je comprends mieux les dispositifs et les jeux de manipulation mis en place dans la relation.
L’analyse transactionnelle donne ces outils de connaissance de soi qui permettent de prendre de la hauteur pour analyser ce qui se passe dans la relation et décider ainsi librement d’entrer ou non dans ces jeux.

Définition

transactions

Les relations entre les individus sont la somme d’échanges, de marchandages, de négociations que l’on appelle aussi «transactions ».
L’analyse transactionnelle observe et étudie ces transactions. Elle a été mise au point par le psychologue américain Eric Berne.
Elle repose sur le principe que la personne est constituée de trois états.
Elle met en évidence le fonctionnement du comportement et des relations interpersonnelles.

L’A.T. permet d’éviter les conflits par une communication efficace et fertile entre les intervenants. Elle utilise un modèle en trois parties qui représente le fondement de l’analyse: LE DIAGRAMME DES ETATS DU MOI.

Trois état du Moi

L’état du Moi-parent (P) est l’état dans lequel on se trouve lorsque l’on se comporte, ressent et pense «en parents » (persécuteur, sauveur, normatif, donnant). Il s’agit surtout des comportements de nos parents (ou figure parentale ex: professeur ….) adoptés et rejoués par nous dans notre vie d’aujourd’hui.

L’état du Moi-adulte (A) est l’état dans lequel on se trouve lorsque l’on se comporte, ressent et pense en utilisant nos propres ressources d’adulte c’est-à-dire notre raison, notre rationalité …

L’état du Moi-enfant (E) est l’état dans lequel on se trouve lorsque l’on se comporte, ressent, et pense «en enfant » (rebelle, soumis, libre, adapté). Il s’agit surtout de sentiments, pensées ou comportements que l’on utilisait lorsque l’on était nous-mêmes enfants.
C’est le siège des émotions (joie, tristesse, colère, peur).

Lorsque nous avons pris conscience de notre fonctionnement, nous pouvons choisir de communiquer à partir de n’importe quel état du moi. L’interlocuteur peut à son tour, répondre de n’importe quel «état du moi ». C’est cet échange de communication qu’Eric Berne nomme transaction. Schématiquement, cette transaction est représentée par une flèche marquant le sens de la relation en partant de l’état du Moi utilisé par l’intervenant.

Les trois états du Moi dans la transaction.

Certaines transactions sont bonnes, d’autres « moins ».

1. Les transactions parallèles.

Une transaction est dite parallèle quand les états du Moi des intervenants s’échangent de façon naturelle ou attendue. Les flèches sont parallèles, partant du même état du Moi et la transaction est complémentaire. Ces transactions peuvent être agréables ou non, positives ou négatives et peuvent durer longtemps soit parce qu’elles répondent bien à la demande de l’intervenant (qui atteint son but), soit parce que les personnes tournent en rond (et que, inconsciemment cela les arrange bien).

Exemples :


analyse transactionnelle | parallèle


analyse transactionnelle | parallèles | 2


analyse transactionnelle | parallèles | 3

2. Les transactions croisées

Une transaction est dite croisée quand les états du Moi des intervenants s’échangent de façon inattendue, inespérée ou surprenante. Le croisement peut être positif ou négatif selon l’état positif ou négatif du Moi utilisé.

Exemples :


analyse transactionnelle | croisées | 1


analyse | transactionnelle | croisées | 2


analyse | transactionnelle | croisées | 3

3. Les transactions cachées.

Une transaction peut en cacher une autre… La transaction visible est exprimée mais elle cache une transaction invisible (représentée ci-dessous par une flèche discontinue) qui relève elle, du vécu ou du ressenti intérieur de la personne et qui n’est pas exprimée. Il existe un grand nombre de combinaisons de transactions cachées.

Exemples :


analyse | transactionnelle | cachées | 1


analyse | transactionnelle | cachées | 2


analyse | transactionnelle | cachées | 3

4. Les transactions tangentielles.

L’interlocuteur ne répond pas clairement, voire tout à fait hors propos pour éviter le problème : c’est la transaction de la fuite.

Exemple:

On observe que :

- Tant que la transaction demeure parallèle, la communication dure.
- Dès que la transaction se croise, la communication initiale s’interrompt et change de type.
- La transaction cachée permet les jeux de la communication.

Remarque :

Il est intéressant d’utiliser les transactions parallèles lors des premiers contacts interpersonnels mais elles peuvent devenir routinières et bloquer ou verrouiller rapidement toute communication.
Il est bon de croiser au plus vite une transaction infructueuse mais si la réponse est inattendue et surprend, il vaut mieux ne pas rester dans le verrouillage et continuer à croiser de nouveau.
On peut obtenir des réponses qui nous conviennent bien et d’autres pas du tout.

Dans ce cas, il est préférable de ne pas entrer dans le jeu et rompre la transaction infructueuse en demandant l’heure à une autre personne !

Les signes de reconnaissance.

Lorsque des personnes sont dans une transaction, elles s’envoient mutuellement des signaux, verbaux ou non, au travers desquels elles se « reconnaissent ». Ces signes de reconnaissance que l’on reçoit nous permettent de savoir que nous existons pour les autres.
Les signes de reconnaissance peuvent être positifs: «c’est très bien ce que vous faites, je vous félicite… » (et on lève un pouce en l’air!) ou négatifs: « vous vous êtes encore trompé, vous êtes vraiment nul… » (avec ici, le pouce dirigé vers le bas!)
Les signes de reconnaissance sont vitaux: ils permettent aux personnes de maintenir leur niveau de confort tant physique que psychologique car elles ne se sentent pas seules : cela satisfait le besoin d’exister.

Chaque individu a besoin d’exister et d’être reconnu. Il sera donc toujours à la recherche de signes de reconnaissance. S’il n’en reçoit pas de positifs, il en recherchera à tout prix, même parfois, des négatifs. Ces derniers sont tout aussi importants que les positifs puisqu’ils ont au moins le mérite d’être.
Cela nous permet de mieux comprendre le «fonctionnement » de ces gens qui nous donnent l’impression de «toujours tout faire pour se faire engueuler » !

Conclusion

L’analyse transactionnelle est un outil précieux en maison de repos.

Dans nos relations avec les résidents, nous pouvons parfois être entraînés dans une transaction Parent-Enfant. Si certaines personnes âgées y trouvent un confort, d’autres se rebellent.
Cette façon de se comporter est souvent rencontrée dans les relations que le personnel entretient avec les patients souffrant de démence. En effet, le comportement des résidents confus peut rappeler le «Moi enfant » et nous faire entrer dans une transaction Parent-Enfant. C’est ce genre de relation qui amène à entretenir des comportements infantilisants avec les personnes dépendantes.
Nous devons être attentifs à maintenir une relation Adulte-Adulte chaque fois que nous trouvons une opportunité y compris et peut-être surtout avec les patients confus et désorientés.

Dans les relations avec le personnel, le style de directeur que nous sommes influencera très fort le type de relations que nous entretenons avec les autres personnes de l’entreprise. L’impact d’une direction autoritaire (relation Parent-Enfant), fondée sur des relations de pouvoir réduira les contacts vrais et les communications saines. Le personnel qui se réfugie dans son Moi-enfant, pourra aller jusqu’à dissimuler les problèmes et mentir pour camoufler ses erreurs. Le pouvoir (Parent) ne peut qu’engendrer ressentiment, hostilité (Enfant) car, pour être efficace, celui-ci exige la crainte et la dépendance de la part des autres et éloigne toute relation amicale.
En s’abstenant d’entrer dans une transaction Parent-Enfant au pouvoir coercitif, on permet à l’autre de satisfaire non seulement ses besoins mais également les nôtres car le pouvoir nuit autant à celui qui le subit qu’à celui qui l’exerce.
Exercer trop de pression sur une équipe de travail entraîne rébellion et résistance, les punitions et les récompenses sont inefficaces comme stimulation de la motivation. Par contre, nous l’avons vu plus haut, les signes de reconnaissance positifs sont aussi utiles que nécessaires. D’autre part, le laxisme, attitude du Moi-Parent (permissif) ne donne que des résultats médiocres et un sentiment de « lâcher prise » inapproprié.

Une participation active et consciente de la part de tous les intervenants dans le processus de communication nous permet d’avoir des relations fructueuses dans les deux sens.
De ces bonnes relations dépendent la réputation de notre entreprise, sa réussite parfois même, sa survie…

S. GOFFIN

Bibliographie :
Guide pratique pour l’encadrement, D. Chalvin et J.L Muller, E.S.F éditeur, Paris, 1995.
Manuel d’analyse transactionnelle, Ian Stewart et Vann Joines, Inter Edition, Paris, 1991

L’alimentation « émotionnelle » de la personne âgée par l’approche snoezelen

Dimanche 2 mars 2008

Lors de notre balade dans l’univers diététique ( le mot diététique qui vient du grec « diaïta » qui signifie « art de vivre »), nous avons tenté d’apporter des réponses à plusieurs questions. Nous nous sommes demandés pourquoi certaines personnes âgées refusent de manger, ensuite, lorsqu’elles mangent, comment équilibrer leur alimentation et lorsqu’elles sont au régime, comment gérer cette alimentation particulière. Enfin, la prise en charge spécifique du patient dément au sein d’une structure « cantous » nous a fait découvrir qu’il existe, au-delà du plateau repas traditionnel, une autre prise en charge du patient désorienté.Je crois aujourd’hui profondément que le patient âgé a aussi besoin de se nourrir émotionnellement. C’est la raison pour laquelle je propose ici quelques pistes pour une diététique de l’émotion qui permet au patient âgé de vivre dans une institution sans être déconnecté de ses sensations, de sa mémoire. C’est, à mon sens, en développant cette diététique particulière que l’on évitera les pièges de l’insidieuse maltraitance dont sont parfois la proie les institutions de soins.

De même, chez les résidents désorientés, la communication verbale n’existe plus ou est, la plupart du temps, très pauvre. Ces patients ont d’autant plus besoin de s’exprimer par le langage du corps à travers des moments de perception et de relation de vie authentique.

Dans notre maison de repos, nous avons organisé différents espaces et activités de soins destinés à nourrir émotionnellement nos résidents. Nous nous sommes appuyés pour cela sur les techniques du snoezelen.

Le terme « snoezelen » est la contraction de deux mots néerlandais : « snuffelen » qui signifie renifler et « doezelen » voulant dire somnoler. Ces mots suggèrent un état de langueur et une sensation de bien-être.

Au départ, le snoezelen était une technique d’approche de la personne handicapée mentale. Le concept s’est aujourd’hui étendu : il s’adresse aux personnes démentes et en traitement psychiatrique.

Chez nous, il est proposé à tous les résidents qui le souhaitent mais plus particulièrement aux patients en perte d’autonomie verbale.

1. Le local snoezelen

L’activité « snoezelen » est individuelle et proposée par une animatrice formée en snoezelen-thérapie. Les séances se pratiquent dans un local ou un espace aménagé de divers objets et instruments pouvant stimuler la vue, l’odorat, le goût, le toucher, l’ouïe. Il règne une atmosphère de détente apportée par de la musique douce et un éclairage tamisé.

Voici comment se présente le local snoezelen au sein de notre maison de repos.

La pièce de petites dimensions est meublée d’un fauteuil relax très moelleux, au dossier duquel des enceintes acoustiques orientent la musique le plus près possible des oreilles du résident.

Le local est peint en blanc. Une boule à facettes (type discothèque) dépose sur les murs et le plafond de petites bulles mouvantes. Des étoiles fluorescentes donnent au local une atmosphère presque céleste et féerique.
De plus, une colonne à bulles à variations de couleurs ainsi que des jeux de lumières d’intensité et de couleurs différentes permettent de stimuler la vue.

Différents panneaux tactiles réalisés à l’ergothérapie par les résidents, quelques peluches traînant cà et là, des sacs de noix, d’ouate, de graines…stimulent le toucher tandis qu’une collection importante de senteurs (lavande, vanille, cannelle, mais aussi poivre, ail, oignon, eau de javel, savon de Marseille) ..titilleront l’odorat.

Un pédiluve, des huiles essentielles, des laits de massage corporel permettent un toucher relationnel invitant au bien-être et à la redécouverte du schéma corporel.

Devant les résultats obtenus par ce local snoezelen, nous avons décidé d’adopter ces mêmes principes dans un espace ouvert.

2. L’espace snoezelen ouvert

Au-delà du local snoezelen , nous avons créé au sein du cantous un espace snoezelen ouvert et libre d’accès à tout moment, de façon autonome ou accompagnée, par les résidents qui déambulent en quête de « perceptions »… Il s’agit ici d’un bout de couloir aménagé en parcours de découvertes tactiles. Le patient traverse des rideaux de portes de différentes textures colorées (fleurs en tissu, en papier, perles en plastique, en bois, décors en bouchons…). Au cours de sa promenade, il peut effleurer sur les murs, à hauteur de mains, des panneaux sensoriels amovibles (papier émeri, éponge, paille en plastique, capsules de bouteilles en métal, ouate…). L’espace débouche sur une « coiffeuse » avec un grand miroir, où le patient peut essayer des chapeaux, des écharpes, des gants, des bijoux, des perruques, du maquillage, emprunter une sacoche, un cabat, une poupée…Emerveillement des souvenirs d’enfance…

3. La pièce d’eau « snoezelen »

Après la réalisation du local et de l’espace ouvert « snoezelen »nous avons transformé la salle de bains en pièce d’eau « snoezelen »…

La décoration a été repensée pour que le bain soit davantage un moment de détente et de bien-être : la pièce a été divisée en deux par un rideau au décor marin, qui isole ainsi l’espace bain de la porte d’entrée.
La baignoire est équipée d’un bain à bulles permettant des massages de différentes intensités à différents endroits du corps. Une chaîne hifi diffuse une musique de fond tout en douceur tandis que des projecteurs à bain d’huiles répandent leurs décors psychédéliques sur les carrelages blancs.
Des petites colonnes d’eau garnies de poissons multicolores encadrent la baignoire. La lumière du jour est filtrée par un jeu de superposition de voilages aux couleurs tendres.
Dans ce local on jouera plus particulièrement avec les senteurs : huiles parfumées, encens d’ambiance…

4. La formation du personnel à l’esprit snoezelen

Très vite, nous nous sommes rendu compte qu’il était important de sensibiliser l’ensemble du personnel à « la philosophie snoezelen » afin que chacun puisse l’appliquer dans son travail de chaque instant.
Il est clair que dans cette perspective de nombreuses situations doivent être revisitées. Par exemple, les frictions de siège étaient effectuées de façon vigoureuse toujours dans le même sens, avec une méthode et une énergie sans faille. Aujourd’hui, on massera les fesses en douceur et on profitera de ce moment pour allonger le massage par un effleurement des lombes, si bienvenu chez les patients courbatus.

Les frictions de talons seront, elles aussi, étendues au pied tout entier et plus particulièrement aux orteils, qui, s’ils n’ont pas besoin d’être frictionnés ont surtout besoin d’être relaxés….

Le massage des mains et du visage aura un effet anxiolytique chez les personnes insomniaques.
Des attitudes de soins telles que faire humer l’eau de Cologne avant de la répandre dans le dos, faire apprécier la douceur du savon sur la peau, le ruissellement de l’eau chaude sur les jambes, masser un peu le cuir chevelu avec la pulpe des doigts au cours du coiffage, permettent d’avoir une relation plus proche avec le patient que l’on soigne.

Au moment du repas, la règle des trois petits tas respectée pour les régimes mixés (séparer viande, légumes, pommes de terre), chaque instant peut devenir un moment de découverte avec le patient: c’est chaud : c’est le potage, c’est froid : c’est le dessert, c’est sucré, c’est salé, c’est doux, c’est fibreux….ce sont autant de sensations à re-découvrir qu’il y a d’aliments, autant d’occasions de travailler sur la réminiscence.
Appliquer le finger-food aux patients qui en ressentent le besoin rendra confiance et revalorisation.

Dans la même perspective, il est aussi important d’enseigner au personnel comment faire pour rester en empathie avec les patients, en gardant parfois simplement le « contact regard », un contact de vérité, d’amour, un contact que l’on donne sans projet, sans rien attendre en retour.

Nous demandons à notre personnel (infirmières | aides soignantes…) de ne jamais oublier que, au delà du savoir et du savoir- faire, il y a surtout le savoir- être que chacun doit développer et valoriser dans sa relation à l’autre et à la personne âgée en particulier.

Je profite de cet espace qui m’est donné pour souhaiter mes vœux les plus chaleureux à tous les collègues gestionnaires, et surtout que l’année nouvelle apporte à chacun « un peu de temps pour soi…. »

Solange GOFFIN

La prise en charge de l’état nutritionnel du patient âgé et alimentation de régime

Dimanche 2 mars 2008

L’Alimentation de régime.

Avec les beaux jours, un flot de magazines présentent des régimes plus variés les uns que les autres. Cette période me paraît également propice, en gériatrie, pour aborder les problèmes de l’alimentation de régime.

En maison de repos, lorsqu’un patient est mis au régime, nous ne disposons généralement , comme outil de travail, que de l’ordonnance médicale et, à moins que d’être aidé par un service de diététiciennes, nous sommes souvent confrontés à de nombreux questionnements.

Avant de mettre en place un régime, se poser les bonnes questions est déjà gage de réussite.

1° Quels sont les buts du régime ?

Différentes situations, différentes pathologies vont inciter le médecin à prescrire un régime à une personne âgée.

S’agit-il d’un trouble pondéral (surcharge pondérale ou cachexie) ou d’un trouble métabolique (hypertension, diabète…) ?
S’agit-il de mettre un organe au repos (en vue d’une intervention chirurgicale intestinale ou d’un examen du colon) ?
S’agit-il de prévenir certaines maladies (hypercholestérolémie.. ) ou d’éviter des complications à long terme (diabète…) ?
S’agit-il de pallier à certaines intolérances (gluten, lactose…) ?

1. Je tiens à remercier les gestionnaires de maison de repos qui se sont servis de mon article précédent comme outil de travail en atelier discussion avec leurs résidents.
Quelle satisfaction d’apprendre que de nombreux résidents ont été fort intéressés, d’autres interpellés et certains, même, bien décidés à se faire soigner les dents ou à réviser leurs prothèses

2° Quelles doivent être les qualités d’un régime ?

Un bon régime repose sur cinq facteurs.

Il doit être adapté à la pathologie de la personne âgée.
Il doit être pratique et réaliste, lié au mode de vie du patient, à ses horaires et à ses loisirs.
Il doit posséder des qualités gastronomiques, préservant ainsi le plaisir de manger.
Il doit être détaillé et précis, permettant au patient d’effectuer, en toute sécurité, des choix alimentaires.
Il doit surtout, tout en restant adapté à la pathologie du sujet âgé, rester équilibré.

3° Quel régime pour quelles pathologies ?

Ceci étant précisé, il s’agit de choisir, dans les six grandes familles de régimes les plus couramment utilisés, celui qui sera le mieux adapté à la pathologie du patient et qui tentera de rester le plus possible équilibré et varié.

a) Régime hypercalorique, hyperprotéiné

Ce type de régime est recommandé aux personnes souffrant de malnutrition, de cachexie, d’hypoprotéinémie, de maladies infectieuses chroniques ou digestives chroniques. Dans les cas de brûlures étendues, d’escarres ou encore, chez les patients qui présentent une hyperthyroïdie ayant entraîné un amaigrissement et,enfin, comme complément des anémies, de l’ostéoporose ou du rachitisme.
Ce genre de régime s’adresse également aux patients souffrant de dénutrition liée à la démence. Dans ces cas, l’utilisation de compléments nutritionnels représente un intérêt appréciable.

b) Régime à texture modifiée

L’alimentation liquide est souvent recommandée aux malades devant rester étendus (fracture de la colonne, patients sub-comateux, ou en fin de vie..), aux personnes âgées souffrant d’anorexie ou refusant des mets solides dans le cas de maladie d’Alzheimer, aux patients atteints de lésions graves de la gorge ou de l’œsophage (cancer, radiothérapie…), aux patients souffrant de dysphagie (fausses routes, fausses déglutitions) et enfin, pour permettre le passage de l’alimentation par sonde à une alimentation par voie orale.

c) Régime diabétique

La tendance actuelle se veut plus « permissive » et logique dans l’application du régime diabétique chez le sujet âgé. En effet, on préférera parfois adapter le traitement médicamenteux et garder une « qualité de vie » en optant pour un régime plus large, plutôt que d’être trop « sévère » et entraîner des cas de dénutrition accompagnés de dépression si fréquent chez la personne âgée.

Le régime diabétique a deux fonctions : d’une part, à court terme, il doit permettre de maintenir la glycémie à un taux stable et normal, réduire les glycosuries et favoriser l’utilisation du glucose, et d’autre part, à long terme, éviter les complications graves de la maladie telles que gangrène, cataracte, cécité, athérosclérose, insuffisance rénale …

Ce régime, le plus couramment rencontré en maison de repos, doit être géré avec une attention particulière tout en n’étant pas trop restrictif afin d’éviter les pertes de poids.
Les repas doivent être pris à heure régulière en fonction des médicaments et du dosage de l’insuline.
Trois repas principaux et trois collations doivent être répartis sur la journée (la collation du soir souvent oubliée, revêt pourtant toute son importance pour éviter la chute de glycémie de fin de nuit).
Progressivement, on devra tenter de déshabituer le patient de la saveur sucrée.
On lui proposera une cuisine légère et digeste en évitant les excès de graisses saturées ou de sel, afin d’éviter les problèmes cardiovasculaires souvent associés au diabète.
On lui apprendra à reconnaître les signes d’hypoglycémies (tête vide, faim intense, sueur frontale, nervosité…).

On veillera à peser le patient de façon régulière.

d) Régimes désodés

Les régimes désodés stricts ne sont plus trop en vogue, en effet, on tentera de plus en plus à proposer des régimes désodés « larges » (si on propose le pain sans sel, on pourra par exemple « élargir » d’autres mets…).

Les régimes désodés sont le plus souvent indiqués en cas d’hypertension artérielle, de cardiopathies décompensées ou non, d’oedèmes, de néphropathies, de cirrhose avec ascite ou encore, lors de traitements prolongés aux corticoïdes mais rappelons-nous qu’ils seront contre indiqués dans certaines formes de néphrites chroniques ou de néphroses, d’insuffisance surrénaliennes, et également en cas de transpiration importante, de vomissements ou de diarrhées.

Les habitudes alimentaires de nos aînés font que la suppression du sel dans l’alimentation représente souvent une difficulté supplémentaire, en effet, des mets non salés sont souvent d’un goût fade et lassent très vite les patients au point d’entraîner parfois de l’anorexie.

e) Les régimes d’épargne gastrique

Ce type de régime est le plus souvent prescrit aux patients souffrant de troubles gastriques, d’oesophagite, d’hernie hiatale avec reflux ou encore d’hypersécrétion chlorhydrique entre autres.

Il est important d’éviter les irritants de la muqueuse gastrique : tabac, alcool, coca, café, chocolat, épices, boissons gazeuses, fritures…

Ce régime d’épargne gastrique doit également être géré avec une attention particulière :

La nourriture doit être fractionnée en 5 ou 6 repas légers.
Les repas doivent être pris à horaires réguliers dans le calme et la détente.
Le patient doit être encouragé à entretenir une bonne hygiène dentaire et à porter régulièrement ses prothèses. Il doit éviter de « chiquer », de mastiquer dans le vide, mais par contre, bien mâcher les aliments.

f) Le régime d’épargne intestinale

- Dans le cadre de diverticulose, diverticulite, colon irritable, ce régime sera prescrit pour une plus longue durée. Il sera conseillé dans ce cas, d’éviter les fibres insolubles (légumes secs, pain complet, riz complet, pâtes complètes…), de limiter les apports en lactose et d’éviter les graisses.

- Dans le cadre de préparation à une intervention chirurgicale par exemple, au niveau de l’intestin, ce régime sera prescrit pour une courte durée.
On parlera alors de régime « sans déchets strict » dans lequel on évitera particulièrement les fibres insolubles mais également les fibres solubles (fruits et légumes cuits et crus), les graisses, et l’apport en lactose.
On aura parfois recours à des compléments nutritionnels sans lactose et sans fibre qui ont l’avantage de ne plus laisser le patient à jeun les jours qui précèdent l’intervention.

4° Comment procéder pour effectuer la réalisation pratique d’un régime ?

Il est essentiel, au départ, de disposer d’une anamnèse alimentaire (idéalement, nous l’avons déjà vu, l’anamnèse sera réalisée à l’entrée du résident, avant même la prescription d’un régime, ce qui simplifiera la démarche auprès du patient).

L’interrogatoire du patient portera surtout sur :

- son mode de vie, ses goûts alimentaires, la nature des aliments et des boissons les plus habituellement consommés
- ses troubles du comportement alimentaire (grignotage, téléphage.. )
- la fréquence des écarts
- les difficultés et les résistances rencontrées face au régime.

Il est également important d’impliquer le patient, le personnel et la famille dans la mise en place d’un régime.

S’il n’est pas habituel en maison de repos de faire appel à un service de diététique, il me semble important de faire confiance aux « professionnels ».
C’est ainsi qu’avec l’aide d’une diététicienne, on pourra élaborer un plan alimentaire clair et précis, ainsi qu’un tableau d’équivalence qui permettrait au patient de varier son alimentation sans transgresser aux règles du régime. On peut également demander au service de diététique de créer une liste détaillée des aliments autorisés et défendus, les recettes de préparation adaptées ainsi que la liste des produits de régime et leur point de vente, afin de disposer d’outils de travail concrets pour aider au mieux le patient dans l’observance de son régime.

5° Faut-il suivre le patient ?

Le suivi du patient revêt une importance capitale.

Les intervenants (infirmière | aides soignantes…) doivent rencontrer régulièrement le patient pour le féliciter et l’encourager, répondre à ses questions et lui prodiguer des conseils pratiques.
Dés qu’une difficulté apparaît, se faire conseiller par un service de diététique.
Dés que cela s’avérera nécessaire, le régime pourra être « remodelé » en fonction de l’état général du patient ou de l’évolution de sa maladie.

A propos des produits de régime….

On peut classer les différents produits de régimes en différentes catégories :

- les produits destinés à l’observance d’un régime (ex : lait sans lactose, produits sans glucose…)
- les produits utiles à la réalisation d’un régime (ex : poudres protéinées, farines sans gluten..)
- les produits améliorant l’alimentation du patient (ex : sel sans Na, produits désodés, produits pour diabétiques, produits pauvres ou riches en fibres…)

La société de consommation dans laquelle nous vivons nous propose une panoplie de produits au prix parfois élevé. Certains d’entre eux peuvent être efficacement remplacés par des recettes maison (une pomme cuite au four avec de la cannelle peut avantageusement remplacer une compote light sans sucre).

L’attention du patient doit être attirée sur les notices qui accompagnent les produits de régime (par exemple, la mention « light » peut avoir différentes significations : sans sucre ou allégé en graisse ou…).

Le régime alimentaire et l’incidence psychologique sur le patient âgé, institutionnalisé.

La personne qui est mise au régime présente parfois une attitude de gêne qu’elle cachera derrière des comportements de honte qui seront vécus souvent par les autres comme des « caprices ». Ces attitudes peuvent diminuer la convivialité, faire apparaître la personne comme asociale et uniquement focalisée sur son assiette.
Ce type de comportement ne reflète souvent que le besoin de cacher aux autres (et à soi même) sa « différence ». Plus le nombre de convives à une même table sera important et plus le malaise sera profond, les manifestations de ce malaise se traduiront par des apartés, des moqueries, des critiques, des délimitations de morceaux de tables, des réactions d’agressivité ou d’isolement.
Il sera très important de déceler ces comportements, en parler avec le résident afin de pouvoir les éviter.

Solange GOFFIN.