Archive pour novembre 2008

Le bien-être en maison de repos depuis différentes perspectives II

Lundi 24 novembre 2008

II. Le bien-être du personnel soignant 

S’il est encore tabou aujourd’hui de parler du « bien-être des soignants » cela tient au long parcours d’un chemin enfoui dans les ombres de  notre passé de soignants. 

Passé empreint de culture religieuse, où la soignante était souvent considérée comme un être « inférieur »,  incapable d’initiatives, ne pouvant qu’exécuter des ordres, servir et même, dans l’inconscient collectif, en tant que femme, associée au péché.  Cette fonction de « pécheresse devant racheter ses fautes » justifierait le port du  tablier blanc signe de pureté, du sacrifice, du rachat des péchés…
(Extrait du livre « Humanitude » Y.Ginest et G.Pellissier)

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, la formation des soignantes était plus morale que technique, ce qui les mettait entièrement sous l’autorité du médecin. Elles avaient surtout un rôle spirituel : aider l’autre à supporter ses douleurs, sa déchéance, sa mort, lui épongeant le front et en veillant surtout au salut de son âme…

Etre soignante -soi-niante- n’était-ce pas être soumise, nier ses émotions, ses sentiments, son soi profond ?… 

Le monde a évolué. Le monde des soignantes a changé peu à peu : à l’héritage émotionnel qui est lié au « don de soi », sont venues s’ajouter des techniques de « savoir-faire » : gestes précis élaborés selon des conduites déterminées et des protocoles à mettre en place. De l’idée de sauver les âmes, on est passé peu à peu à l’idée de sauver les corps malades, souvent même au-delà du respect de la personne. 

En outre, tâches et formations se sont diversifiées… Dans l’équipe des soignants, on rencontre aujourd’hui les infirmiers(ères), les aide-soignant(e)s, les agents d’accompagnement, et, au somment de la hiérarchie, la direction.

Il y a l’infirmière dont le rôle, par le passé, n’était que de « servir », « d’être au service de » Il se traduit, actuellement, par l’aptitude à offrir « des services », parce que l’infirmière a acquis des compétences qui lui sont propres,  qui lui donnent les responsabilités dans l’entretien de la vie et la réparation. C’est elle également qui fait le lien entre les différents prestataires de service, pour ne pas disperser les actions et pour leur donner un sens…

Il y a les aides soignants qui restent avant tout des exécutants, soumis au médecin, à l’infirmière en chef, comme jadis elles l’étaient à Dieu. ( je ne sais pas s’il faut laisser le féminin !!!)
Ne sont-elles pas trop souvent considérées comme des instruments destinés à effectuer des gestes techniques précis, élaborés selon des conduites à tenir et des protocoles à mettre en place.

En effet, hier encore, les aides-soignantes exécutaient des actes de soins (insulines,  prises de paramètres,  injections) qui relèvent aujourd’hui des compétences infirmières. Différents décrets ont été signés afin de remettre à plat les compétences de chacun. Depuis lors, beaucoup d’aides-soignantes plus âgées se sont vu « retirer » des actes qu’elles avaient toujours effectués (avec beaucoup de conscience et de compétences).

Ces modifications des responsabilités  n’ont fait qu’amplifier une image dévalorisée au niveau d’exécutantes! 

Il y a également les agents de service ou d’accompagnement qui appartiennent au personnel soignant même s’ils ne sont pas chargés des soins.

Il s’agit de personnes qui rendent des services qui sont nécessaires à la vie quotidienne des résidents.  Ceci va de l’entretien des locaux à celui du linge (rôle plus spécifique de la lingère), de la préparation des repas (rôle du cuisinier) à des actes plus proches de la personne âgée, comme lui faire une course, l’aider à s’habiller ou à couper sa viande …  Ce sont des services que rendrait la famille ou le voisin si la personne âgée était à son domicile.

Ces actes ne demandent pas de qualifications particulières, mais nécessitent des compétences orientées vers la connaissance de la personne âgée et des règles qui prennent en compte tout travail en collectivité.   

Au sommet de la hiérarchie, la direction dont le rôle primordial est de veiller au bien-être, au « savoir-être » de son personnel. Parce qu’elle sait que c’est la condition première au bien-être des résidents…

Et pourtant, les tâches du directeur sont multiples. Bernadette Cuisinier dans son ouvrage « Accroître le soin relationnel » en exprime, sous forme imagée, les multiples facettes.

«  Il y a à s’adapter tels des paysans cultivant une terre avec un temps pour tout :
- un temps pour défricher
- un temps pour labourer
- un temps pour ensemencer
- un temps pour aérer
- un temps pour réparer les dégâts, les intempéries, les imprévisibles,
- et enfin, le temps de la récolte… »

Défricher…

C’est d’abord sélectionner, parmi toutes les candidatures, celles qui répondront au « projet de vie » de l’institution… Reconnaître l’émergence d’une conscience professionnelle et d’une bonne intégration dans l’équipe, dans le respect de chacun.

Labourer… ensemencer…

C’est bien définir les profils des postes en élaborant un cahier des charges en précisant le rôle, les fonctions, le champ d’intervention de chacun… En un mot, définir clairement les postes et les responsabilités de chacun.

C’est aussi être à l’écoute… C’est offrir des outils de formation. C’est donner la possibilité de trouver, dans des ateliers extérieurs, les bonnes semences qui ressourceront…

C’est aussi soutenir, reconnaître et soutenir les bonnes actions.

Aérer

C’est être attentif au bien-être de chacun.  C’est respecter ce que chacun est, vit et ressent…C’est reconnaître en chacun la personne et non l’objet de travail ou de rentabilité. C’est donner à chacun la possibilité de se sentir autre chose qu’une croix dans des cases horaires, qu’un pion  manipulé sur un échiquier.

C’est reconnaître l’importance des moments de récréation (n’y a-t-il pas encore des maisons de retraite où, même au cours de la pause-café-repas- qui n’est pas rémunérée- le personnel doit répondre aux appels ?)… 

C’est apporter l’allègement aux équipes de travail afin de ne pas travailler dans le lourd, chaussé de semelles de plomb.

C’est aussi offrir une infrastructure de travail, du mobilier adapté, du matériel adéquat et en suffisance, permettant aux soignants de pouvoir mener à bien leur mission de « bien soigner » 

Et puis parfois réparer les dégâts, les intempéries 

Déceler les pommes pourries, les éliminer du panier afin de préserver l’équipe de la contamination (combien de structures ne conservent pas du personnel inadéquat par soucis politique, hiérarchique, institutionnels et ce, au dépend du bon fonctionnement d’équipes entières ?).
..
Sans sombrer dans l’excès comme ces institutions qui pour un oui, pour un non, virent leur personnel créant la pression de la menace suspendue. En effet l’ « aquaboniste » n’est-il pas celui qui, démotivé insidieusement, vit dans l’incertitude permanente de ne pas garder sa place ?

Sans culpabiliser celui qui a commis des erreurs, mais en l’aidant, en l’écoutant davantage… En lui permettant de mettre à profit les erreurs pour évoluer, s’améliorer, parfois même se construire.

Mais avant tout,  l’attitude première du directeur, celle qui conditionne sans doute toutes les autres n’est-elle pas le respect ?

Respecter la personne en tant que personne – avec ce qu’elle vit et ce qu’elle ressent – avec la conscience qu’il s’agit le plus souvent de femmes, mères de famille, avec tous les aléas de peurs et de troubles qu’ont à gérer les mamans.

Enfin, Récolter !

En échange de tous ces témoignages de reconnaissance positifs, le personnel peut offrir à son tour, aux résidents la qualité de l’accueil, tant dans le faire que dans l’être. Répondre aux demandes sans être agacé ou dérangé. Donner la priorité à la personne, non à la tâche…

Accorder à la personne âgée la qualité de personne pensant et décidant.  On sait que c’est au moment où les facultés s’altèrent qu’il est le plus important de maintenir à tout prix la participation dans le choix des décisions.

Permettre au personnel de mettre à profit et en œuvre ce qu’il aura pu apprendre en formation et lui permettre de mettre en place des projets motivant et valorisants comme la création d’espaces snoezelen, l’organisation de festivités ou d’animations « extraordinaires » incluant la participation des familles et des aides extérieures.

Autoriser tout ce qui peut faire grandir la motivation du personnel.  Ainsi, le home deviendrait une grande maison où « donner » et « recevoir » prendraient tout leur sens. Où tous se sentiraient reconnus, en offrant à chacun la possibilité de grandir et s’épanouir parce que porté, respecté, aimé, apaisé et devenant à son tour portant, respectant, aimant et apaisant.

Après tout ce travail de la terre, l’ensemble du personnel pourra rayonner de bien-être dans de grands jardins fleuris grâce à toutes les petites graines semées et arrosées chaque jour.

Jardins où la joie serait le support de la vie nourrie d’un terreau « essence de sens »!

Solange GOFFIN
Formatrice en soins relationnels
Teacher en Validation® Naomi Feil