L’aromathérapie | une vieille histoire naturelle…

L’histoire de la cohabitation des antilopes et des acacias est assez interpellante. Pour protéger des antilopes de leurs prédateurs, les scientifiques leur avaient créé une réserve naturelle entourée d’une clôture. Mais au lieu de les sécuriser, ils se sont rapidement aperçus que ces antilopes « protégées » mouraient dans des circonstances assez mystérieuses. Les autopsies ont démontré que les acacias de la réserve s’étaient mis à sécréter une toxine qui tuait les antilopes qui mangeaient leurs feuilles. Ainsi, tant que leur propre survie n’était pas menacée, les acacias acceptaient de « partager » leurs feuilles avec les antilopes. Mais lorsque les clôtures réduisaient le nombre d’acacias disponibles pour réaliser un « partage » équitable, cette symbiose entre le monde végétal et le monde animal se transformait en un système de défense qui devait éliminer le compagnon co-habitant… devenu prédateur.
Cette histoire, bien réelle, nous fait prendre conscience qu’il ne faut pas trop séparer les végétaux des animaux. Mais plutôt les considérer comme faisant partie d’un ensemble naturel ou comme une symbiose d’intérêts communs. C’est ainsi que l’on retrouvera chez les végétaux des remèdes pour répondre à des agressions du milieu environnant. Un des exemples les plus parlants est probablement celui des fleurs de lavande aspic qui servent d’antidote au venin des serpents que l’on trouve dans la région méditerranéenne où poussent ces fleurs au parfum si prisé. On ne s’étonnera donc pas que les fleurs de cette lavande soient aussi utilisées avec succès contre les piqûres d’insectes et les brûlures. Dans toutes les cultures, on retrouve des « remèdes » issus de la nature environnante. Notre pharmacie n’était-elle pas aussi, à ses origines, basée sur des extraits de plantes ? L’aromathérapie semble, tout comme notre bonne vieille pharmacie, remonter à la nuit des temps : en effet, les huiles essentielles étaient déjà utilisées à l’époque des pharaons.

Bien que certaines huiles soient à utiliser avec précaution et demandent dans ce cas un minimum d’information voire de formation, la grande majorité des huiles sont sans danger et d’utilisation très simple. On pourra aisément se référer aux nombreux ouvrages de vulgarisation que l’on trouve dans les librairies et les magasins spécialisés. Pour une utilisation plus précise, il existe des séminaires souvent proposés par les fabricants et fournisseurs d’huiles essentielles. Ces formations, réparties sur quelques week-end, offrent une utilisation plus pointue qui permettra de sortir des sentiers battus réservés au grand public.

Le principal avantage des huiles essentielles les plus courantes est qu’elles ne présentent pas d’effets secondaires. De plus, l’utilisation conjointe de plusieurs huiles développe une synergie qui souvent amplifie l’effet recherché - contrairement aux médicaments traditionnels.

Bien qu’en fonction de la provenance des plantes, il existe pas mal de noms aux consonances exotiques, on retrouvera souvent des plantes aux noms « bien de chez nous » déjà utilisées par nos grands-mères pour réaliser des décoctions, des cataplasmes et des tisanes. On ne sera pas étonné de retrouver de la camomille pour calmer les personnes agitées ; de la lavande et du romarin pour combattre l’anxiété ; de la mandarine, du romarin et de la camomille pour les états dépressifs ; de la mandarine et de la camomille pour les insomnies ; de la menthe poivrée, du géranium et de l’arbre à thé pour les problèmes de nez ; ou encore de la lavande pour soulager un zona ;…

Notre démarche n’est bien sûr pas de proposer le remplacement les traitements de la médecine traditionnelle. Mais l’utilisation des huiles essentielles semble démontrer qu’elles peuvent se révéler comme un complément souvent très utile dans beaucoup de traitements courants comme les grippes, les rhumes, le stress, l’anxiété, l’agitation, certaines douleurs musculaires… Et quand les symptômes de ces maladies sont détectés suffisamment tôt, on peut parfois éviter les médications traditionnelles.

Vous avez dit huile essentielle ?

L’essence volatile des plantes aromatiques est obtenue à partir d’une distillation de la partie de la plante qui contient les précieuses glandes sécrétrices (feuilles, fleurs, fruits, racines,…) : on fait passer de la vapeur d’eau (à basse pression) dans une cuve contenant les extraits de la plante. Après condensation, on recueillera l’huile qui flotte sur la partie aqueuse (appelée hydrolat). Pour recueillir toutes les molécules contenues dans la plante, il faut souvent avoir recours à une longue distillation. Car la plupart du temps, les molécules les plus bénéfiques ne passent malheureusement qu’en fin de processus. D’où l’importance dans le choix du fabriquant. Comme le temps de distillation est onéreux, si l’on achète des huiles bon marché, on risque de ne retrouver que le parfum, mais pas les précieuses molécules les plus bénéfiques. Le coût de l’huile est aussi déterminé par la quantité de matériel à récolter pour la distillation. Quand on sait qu’il faut 4 tonnes de pétales de rose (soit 1 ha de rosiers) pour produire 1 kg d’huile de rose, on comprend plus facilement le prix de certaines huiles fort recherchées !

Vers une reconnaissance scientifique ?

Des études scientifiques en cours démontrent que les huiles essentielles donnent de très bons résultats dans la guérison de nombreuses affections. Les récentes législations réglementant l’usage d’antibiotiques dans les élevages ont ouvert des portes à de nouveaux procédés de stérilisation. Et les huiles essentielles donnent des résultats parfois supérieurs aux antibiotiques traditionnels, qui, suite à la multi résistance de certains germes, commencent tout doucement à devenir inefficaces.

Les dernières techniques d’analyse chimique telles que spectrométrie de masse, chromatographie, résonance magnétique, ont permis une définition très fine du contenu des différentes huiles. On a pu ainsi répertorier les nombreuses molécules qu’elles contiennent et mieux comprendre le mode d’action des huiles. En fonction des différents constituants, on définira si une huile contient des éléments dermocaustiques, photosensibilisants, toxiques, etc.
En 1975, Pierre FRANCHOMME a développé la notion d’huile essentielle chémotypée, afin de définir précisément la nature des sous-espèces et des variétés des plantes aromatiques en fonction de leurs différents constituants. Pour une même espèce de plante, on retrouvera ainsi différents chémotypes en fonction de sa localisation géographique et donc du terrain sur lequel pousse cette plante. On différentiera par exemple sur le flacon : le thym vulgaire CT linalol du thym vulgaire CT géraniol ou encore du thym vulgaire CT thymol (CT signifiant chémotype).
Le chimiste et le biologiste y retrouveront facilement les différents constituants : les phénols, très utiles dans les maladies infectieuses (bactériennes, virales et parasitaires) ; les esters, comme calmants, sédatifs et anti-inflammatoires ; les terpènes, comme molécules décongestionnantes et expectorantes ; les lactones comme molécules cholérétiques ; etc.

Faciles à utiliser ?

Les huiles essentielles peuvent être appliquées directement sur la peau, en massant la partie concernée ou l’endroit le mieux approprié pour sa diffusion dans le corps. Le massage de certains points ou de certains méridiens d’acupuncture permet parfois d’amplifier leur mode d’action. Toutefois, on veillera à toujours vérifier si l’huile peut être appliquée pure ou si elle doit préalablement être diluée dans une huile végétale appropriée. On évitera un contact direct avec les muqueuses et les yeux.
On peut aussi profiter des huiles essentielles dans le bain. Il faudra dans ce cas toujours utiliser un produit dispersant – c’est bien connu, l’eau et l’huile ne se mélangent pas ! Bien qu’il existe des produits commercialisés à cet effet, il est possible d’utiliser du jus de citron ou des sels de mer.
Les huiles peuvent aussi être dispersées dans l’air ambiant au moyen d’un diffuseur. Cette méthode est souvent utilisée en prévention et donne de très bons résultats pour éviter le stress, l’anxiété, l’insomnie,… Elle est particulièrement efficace dans le traitement des affections ORL. On veillera à n’utiliser que des diffuseurs basés sur un système de pompe. Ces types de diffuseurs (qui présentent malheureusement un léger bruit) offrent l’avantage de ne pas dénaturer les molécules aromatiques – contrairement aux procédés de diffusion basés sur la chaleur. Toutefois, il semble que l’encens ne perde pas de ses propriétés s’il est chauffé car l’utilisation idéale de cette huile est d’en verser quelques gouttes sur des braises incandescentes.

L’art-Oma-Thérapie dans la relation à la personne âgée…

De fréquentes réflexions « d’inappétence» des personnes âgées telles que : « La nourriture n’a pas de goût… » ; « Je n’ai plus de goût à rien… » ; « Tout me semble fade… » ; « Il me manque du sel dans ma vie… » ; « J’ai tout perdu, jusqu’au goût du pain… » nous montrent bien l’importance de nos sens.
La notion de goût et de dégoût par les odeurs a également toute son importance, depuis ces armoires imbibées de naphtaline jusqu’à l’arrosage d’eau de Cologne lors des soins d’hygiène… Mais aussi les odeurs que produisent les maladies (escarres, plaies…) ou encore les odeurs produites par les personnes elles-mêmes (éructations, gaz…). On l’a compris, les odeurs occupent une place importante et naturelle dans la communication et la relation à l’autre !
De la naissance à la mort, l’homme est capable de « fixer et conserver » ce qu’il SENT : sensations tactiles, auditives, olfactives, gustatives…. Et ce qu’il RESSENT : émotions : joie, douleur, tristesse, colère, amour. Et ce, jusqu’à son dernier souffle.
C’est en revenant au corps et à ses sensations que nous pouvons toucher aux racines même de l’être et de sa mémoire dont l’absence de sens enlèverait tout sens à la vie.

Une odeur peut déclencher une émotion sans que nous ayons conceptualisé quoi que ce soit. Ce mécanisme classique est très bien illustré par « la madeleine de Proust » où Marcel Proust, après avoir trempé une madeleine dans son thé, est ramené par cette dégustation au souvenir de sa tante Léonie… Ce qui lui aurait valu quelques chapitres de son œuvre «A la recherche du temps perdu ».

Si l’utilisation des huiles essentielles dans nos soins relationnels aux personnes âgées ne requiert pas de « compétences de soignants » particulières elles demandent néanmoins une certaine rigueur dans leur utilisation.

En effet, en plus de l’aspect stimulations olfactives dans un but d’atelier de réminiscence ou en thérapie Snoezelen qui apporte confort et réconfort psychologique, les huiles essentielles peuvent revêtir des aspects plus « thérapeutiques » à manipuler avec prudence et donc connaissance.

Certaines associations d’huiles essentielles ont aussi toute leur importance en soins palliatifs et en fin de vie. On pourra les associer dans les thérapies de massage et ainsi faciliter le « passage ».

En maison de repos, la diffusion d’huiles essentielles dans l’air ambiant peut offrir certains avantages : on peut ainsi créer en fonction des besoins, une ambiance relaxante ou calmante (à base de produits naturels et non agressifs), tout en éliminant les mauvaises odeurs que nous essayons trop souvent de camoufler avec des produits chimiques de synthèse.

Depuis la nuit des temps, soigner est un ensemble de gestes et d’attitudes posées qui apaisent, accompagnent, assistent en offrant spontanément ce qui nous semble faire du bien à l’autre : souffler sur une brûlure, frotter l’endroit douloureux, sécher une larme, éponger un front en sueur, masser un ventre tendu… Autant d’attitudes que l’on a en nous sans être soignant « qualifié », car soigner reste le premier art de la vie : être attentif au soucis de l’autre et lui apporter confort et réconfort.

P. BOTTE et S. GOFFIN

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