Le bien-être en maison de repos selon différentes perspectives (III)
Le bien-être du résident vu par personnel
Si l’on pose, aux personnes soignantes, la question « A votre avis quel est le facteur le plus important qui intervient dans le bien-être du résident ? », on obtient sans conteste la notion de respect des besoins… Et si l’on s’interroge sur les besoins, très vite, il est fait référence à la pyramide de Maslow.
Rappelons qu’Abraham Maslow représente les besoins sous la forme hiérarchisée d’une pyramide en 5 étages. Les besoins fondamentaux sont les besoins physiologiques. La satisfaction d’un type de besoin ne peut être réalisée que si les besoins de niveau inférieur sont eux-mêmes satisfaits. Par exemple, un individu ne peut se sentir en sécurité (niveau 2) que si sa première préoccupation, trouver à boire et à manger (niveau 1) est satisfaite.
Ainsi, pour atteindre l’état de bien-être supérieur et de réalisation de soi, il faut avoir franchi 3 autres étapes : la sécurité, l’affection et l’estime de soi et d’autrui.

Les soignants, dans une maison de repos, devraient constamment se référer à cette pyramide et se rappeler le chemin à parcourir pour atteindre l’étage supérieur.
On peut penser qu’il est évident que la maison de repos satisfait les deux premiers étages et offre à ses résidents la satisfaction de ses besoins physiologiques ainsi que la sécurité. Et pourtant…
N’arrive-t-il pas que le résident puisse avoir faim ou soif ?
N’arrive-t-il pas qu’il soit incommodé par un fécalome ou qu’il baigne dans une couche souillée ?
Et comment une personne peut-elle dormir sereinement si elle ne se sent pas en sécurité au moment où sa compagne de chambre est délirante, agitée, liée au lit ou encore fait des apnées pré-mortem ?
Comment peut-elle se sentir en sécurité lorsqu’une personne différente se présente chaque jour pour réaliser ses soins ? Ou encore lorsque l’on ne respecte pas son intimité ou simplement sa « bulle » de sécurité ?
Ces besoins physiologiques et de sécurité pourraient néanmoins être satisfaits assez facilement.
Il n’en est pas de même au 3e niveau, appartenance et amour, qui exige des soignants plus d’attention et plus d’investissement personnel.
Pour se sentir bien le résident doit se sentir aimé et respecté dans son intégrité, dans ses émotions, dans ses valeurs et dans son processus de vieillissement. Le mot « respect » vient du verbe latin « rescipere » qui signifie « voir l’autre tel qu’il est » et, au-delà de cela, le reconnaître dans sa différence.
Et pourtant…
N’arrive-t-il pas que les émotions que la personne ressent soient niées ?
N’arrive-t-il pas qu’elle doive se sous-mettre aux soins, aux horaires, aux habitudes qui ne sont pas les siennes.
N’arrive-t-il pas qu’on décide tout à sa place, jusqu’aux vêtements qu’elle doit porter ou même la quantité d’aliments qu’elle doit ingérer ?
N’arrive-t-il pas que la douleur omniprésente, dont elle nous fait part, ne soit pas reconnue, soulagée mais au contraire, passée sous silence sous le prétexte qu’elle se plaint tout le temps ou perd la tête?
N’arrive-t-il pas qu’elle soit l’objet de moqueries et de brimade de la part de soignants qui la croient « déphasée » ?
Comment peut-elle encore croire à ses valeurs quand les siennes sont bafouées et que ses journées sont ponctuées d’aquabonisme et de résiliations ?
Et que devient son estime de soi si elle ne se sent pas reconnue, si elle se sent abandonnée ? Pas ou peu de visites… Mais le personnel soignant peut leur offrir, avec le respect qui leur est dû, les regards touchants, les touchers aimants, ces touchers qui réchauffent l’intérieur?
Cependant, nous les rencontrons souvent, qui se promènent dans les couloirs, ces personnes âgées qui rayonnent, qui nous offrent un sourire ou une parole aimable, qui disent « se sentir bien » dans leur âge. Celles-là ont atteint le sommet de la pyramide… et l’on pourrait rêver d’un « sweet home » où tous les résidents auraient pu dépasser les 4 étages de Maslow…
Et cela, grâce au personnel soignant, aux personnes qui savent se faire aimer parce qu’elles rayonnent dans un service par leur sourire, leur bonne humeur, leur humilité, leur patience, leur tolérance et leur respect.
La notion de bien-être chez le personnel soignant
On a observé que la notion de bien-être estimée par le personnel est liée aux images qu’il se fait au sujet de sa propre vieillesse.
Ces images s’accompagnent de jugements de valeur et parasitent la relation et il est important que les soignants en prennent conscience.
Je donnerai par quelques exemples des « résonnances » les plus couramment rencontrées et …avouées !
Si, pour moi soignant, vieillir c’est rester actif, indépendant et beau… je verrai la personne âgée qui participe à toutes les animations, qui assume seule ses soins et qui est soucieuse de son aspect extérieur comme une personne qui a atteint le stade de la « réalisation de soi ». Si, par contre, sa voisine, devenue grabataire et dépendante, se laisse aller ou se désintéresse de son apparence, je la considérerai probablement comme quelqu’un qui ne veut pas se battre, qui se laisse aller, sans force de caractère et probablement en mal-être…
Si encore, pour moi soignant, vieillir c’est être entouré de mes enfants, petits enfants, avec mon conjoint, j’imaginerai que les couples de résidents hébergés ensemble et entourés de leurs proches ont une vieillesse particulièrement réussie. Par contre, les personnes confrontées à la solitude, refusant les activités, en état de rempli sur soi, pourraient résonner en moi, soignant, comme vivant le pire des mal-être de la vieillesse !
Si pour moi, la solitude est la pire chose à vivre dans la vieillesse, jusqu’où vais-je « obliger » telle personne qui aime être seule, dans le calme de sa chambre à participer aux activités ?
Si, pour moi soignante, devenir dépendant et apathique est la pire évolution de la vieillesse, jusque dans quelle mesure vais-je infantiliser ce pauvre petit vieux qui est très certainement malheureux ? Ou au contraire jusqu’où vais-je l’obliger à aller dans ses possibilités physiques en le « stimulant » et en devenant ainsi maltraitant et irrespectueux ?
Si, pour moi soignante, le bien-être du résident passe par la notion de « bien-être financier» je penserai que le beau linge, les agréables parfums, les vêtements bien entretenus, la chambre élégamment garnie avec des accessoires de confort tels des coussins et des couvre-lits ou couettes confortables est le summum de la réalisation de soi… Je passerai dès lors certainement à côté des besoins d’amour de la personne…
Il est important que les soignants se rendent compte que l’état de bien-être d’un résident dépend de SON ressenti et de SES besoins et non de nos ressentis fluctuant au gré de nos projections personnelles ! Il convient donc, pour le soignant, de prendre conscience que ce qu’il imagine être le meilleur pour son bien-être personnel ne correspond pas nécessairement aux besoins de la personne qui se trouve devant lui…
Le risque de « mal soigner », né pourtant de bonnes intentions, peut entraîner un véritable mal-être de vie chez les personnes âgées.
Le bien-être du résident jusqu’à sa mort…
Mourir dignement et sans souffrance est pour chacun une des priorités. Le personnel soignant, particulièrement attentif au bien-être des résidents en fin de vie, se trouve face à plusieurs exigences. Il doit d’abord disposer du matériel adapté au confort et des médications palliatifs. A cela s’ajoute des exigences de temps : temps à consacrer à ce patient qui s’éteint et nous quitte doucement, temps à consacrer aussi à son entourage en dehors des actes posés, juste par une présence de quelques instants… un toucher bien-être, ou encore une écoute du silence « ensemble ».
Le personnel soignant reconnaît qu’il est encore trop peu formé à ces approches relationnelles et que souvent il se sent impuissant face aux patients en fin de vie. Ils évoquent les difficultés qu’ils éprouvent à mettre en place ce bien-être de fin de vie. Il ne s’agit pas d’incompétence, mais force est de constater que lorsque des équipes palliatives viennent en aide au personnel des maisons de repos celui-ci dit « se sentir soutenu et touché par cette qualité de présence des infirmières des équipes ».
Même face à la fin de vie la question primordiale reste la même : « De quoi a besoin cette personne » ?
En conclusion :
Un vieil adage dit que « donner c’est aussi recevoir ». Pourrait-on imaginer que « s’occuper de personnes âgées c’est aussi s’occuper de soi » ?
Les soignants pourraient-ils prendre conscience que l’on n’est apaisant que si on est apaisé.
Et ne pas oublier, dans ce cas, la question toujours fondamentale : De quoi ai-je moi-même besoin ?
Solange GOFFIN
Formatrice en soins relationnels, Validation®, et « Soins aux soignants »
Tags: émotions, patient, Personnes âgées, résident, Solange Goffin
17 février 2010 à 10:44
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