Le bien-être en maison de repos selon différentes perspectives
I. Le bien-être du résident
« En matière d’hébergement gériatrique, raisonner en termes de cadre d’épanouissement, et de cadre d’épanouissement réel, pas artificiel est une façon de raisonner qui nous est à ce jour totalement étrangère ».* L. Ploton, La personne âgée, son accompagnement médical et psychologique et la question de la démence ».
Comment définir, pour un résident en maison de retraite | repos, la notion de bien-être ? S’agit-il seulement, comme on le croit le plus souvent, de la satisfaction de besoins premiers : une nourriture acceptable, des témoignages affectueux du personnel ?
La notion de bien-être ne porte-t-elle pas un sens beaucoup plus large ? Même s’ils ne trouvent pas les mots pour le dire, nos résidents n’expriment-ils par, dans leurs regards, d’autres besoins et demandes ?
Bien sûr, le bien-être passe par un accueil chaleureux, des chambres spacieuses et bien décorées, un cadre de vie agréable, du personnel efficace… Mais au-delà de la sécurité, de l’hygiène, de la santé corporelle…et aussi de la gentillesse du personnel et de la bonne nourriture, comment alimenter le « goût de vivre » de la personne âgée ? Comment lui donner le désir, la force de poursuivre son épanouissement au cours de cette dernière tranche de vie ?
Attardons-nous un instant à tenter de comprendre le ressenti de la personne qui entre en institution et, pour cela, faisons le bilan de toutes ses pertes.
La première des choses que perd la personne âgée est son univers familier, c’est-à-dire son foyer, même si la maison de retraite a accepté une partie de son mobilier … Il a fallu abandonner – avec la certitude que c’est sans retour – les odeurs, l’atmosphère, la lumière de la maison. Les senteurs du jardin et le spectacle du temps qui marque les saisons. L’espace aussi… et tous ces menus objets laissés derrière soi… Que faire devant cette déchirure ?
Autre perte importante, la notion apparente de « citoyenneté ». La personne ne paye plus ses taxes, elle ne va plus acheter son journal, elle n’a plus d’échanges avec ses concitoyens (voisins de rue, de quartier, de village, de palier…) Elle a perdu les repères qui marquaient sa vie de tous les jours.
Ajoutons à cela le fait que, prise en charge par le personnel, elle n’a plus à se préoccuper des problèmes d’ordre matériel qui donnaient un rythme à sa vie. En se fondant dans l’institution, n’en perd-elle pas un peu la notion de « Soi »? N’est-elle pas amenée à penser « nous », pire « on », plutôt que « moi » ?
C’est tout cela qui fait qu’au fil des temps se figent les masques séniles d’indifférence et de non-communication.
Notre rôle est alors de décoder la détresse psychologique cachée derrière ces boucliers de survie mis en place par certaines personnes âgées. Et, après le bilan des pertes, tenter d’accumuler les gains pour faire, de la maison de retraite, un lieu où l’humain est la préoccupation essentielle.
« Humaniser »
Humaniser, c’est se donner pour objectif l’épanouissement de la personne.
C’est permettre à chacun, quel que soit son âge, d’exprimer ce qu’il est, c’est rendre la communication la plus vraie et la plus fluide possible. C’est ne jamais oublier qu’on s’adresse à une personne, fût-elle âgée, et non à un état, la vieillesse.
C’est, sans doute, souvent, changer le « souffle » de la maison de retraite.
Favoriser les relations entre les personnes
La maison de retraite est un lieu de vie, une ville en miniature où se croisent des personnes d’âges différents, de statuts différents.
Elle doit donc être faite de lieux de rencontres, de zones de convivialité où chacun peut se dire, où chacun peut écouter l’autre.
Il convient donc d’éviter de « ghettoïser » les personnes dépendantes ou grabataires dans ces beaux salons parfois cachés du public où, seuls les cris, les bruits incongrus, les frappements ponctuent les longs moments de solitude des journées.
Il convient d’éviter de rendre les personnes dites non-communicantes encore plus « désincarnées » en ne leur donnant que quelques minutes par jour d’attention, de regard, de toucher, la plupart du temps au seul moment des soins.
Encourageons les rencontres, les dialogues, les joies partagées. Accueillons la famille, non seulement en visites de courtoisie autorisées par le règlement d’ordre intérieur, mais pour partager les repas, les activités et pourquoi pas les soins .
Faire de la maison de retraite un lieu ouvert
La maison de retraite se doit d’être, dans l’esprit, un milieu totalement ouvert où l’on entre et sort selon ses besoins et ses choix.
Il s’agit là de s’opposer à des habitudes du personnel qui, contrairement aux pratiques hospitalières, intègre le résident comme un élément devant rester jusqu’à son décès. Comment éviter l’impression que ce lieu de vie est parallèlement un lieu de mort ?
Et comment trouver le bien-être avec, dans la tête, de telles pensées négatives ?
Donner à chacun l’autonomie qu’il est capable d’assumer
Le collectif tend à standardiser les actes, pour les accomplir soit de façon uniforme, soit avec économie. On sait bien que, dans beaucoup de maisons de retraite, on préférera faire le ménage dans toutes les chambres plutôt que de s’interroger sur la capacité du résident qui l’occupe.
Donnons à chacun le plaisir de changer l’eau des fleurs, d’épousseter, de déplacer selon son inspiration, les objets qui font son univers.
Respecter la personnalité de chacun, fruit de son expérience de vie
Les personnes âgées ne sont pas des êtres « à part » mais des individus riches d’une expérience de vie qui explique leur comportement dans leur présent vécu.
Il y a la vieille dame, née en 1902, fille aînée de cinq petits frères et sœurs qu’il fallut élever… Il y a celle qui allait à l’école en sabots et qui avait 6 ans en 1914, au moment de la première guerre mondiale. Il y a celle que les deuils ont fouettée, un mari, un enfant, et qui pourtant ose encore regarder l’avenir.
Connaissons les personnes au-delà de leurs pathologies médicales et chirurgicales. Reconnaissons leurs différences et répondons à leur légitime besoin d’exister.
Reconnaître leur vie affective
Nos maisons de retraite peuvent parfois offrir à certains résidents la possibilité de vivre – sans doute pour une dernière fois – une vie affective.
Reconnaissons-leur le droit de garder précieusement, même dans leur grand âge, l’aptitude à aimer et à donner de l’amour. Reconnaissons-leur le droit d’exister.
Se sentir « exister » n’est ce pas là une notion fondamentale de bien-être ?
Respecter la notion du temps de chacun.
Le temps est au cœur de la vie de l’être humain. Chacun entretient un rapport différent avec les trois aspects du temps : le passé, le présent, le futur. Celui-ci ne vit que par le passé qu’il évoque sans cesse comme si sa vie s’était arrêtée un jour, voilà longtemps. Celui-là veut avoir tout oublié et s’inquiète de l’avenir… qui est souvent la mort plus ou moins proche avec les peurs métaphysiques qui l’environnent. Ces ceux-là vivent en quelque sorte étrangers à eux-mêmes car dépossédés de la réalité du moment présent.
Encourageons-les à vivre au mieux dans l’ici et maintenant en leur offrant des sujets de joies et satisfactions, en les encourageant à développer leur créativité et la fierté du « faire » réussi.
Conclusions
Toutes ces perspectives exigent sans doute une sensibilisation des soignants afin qu’ils soient capables de donner à leur maison de retraite ce souffle humaniste qui permet à la personne âgée de poursuivre dans le bien-être, jusqu’à la mort, son épanouissement
Solange GOFFIN
Formatrice en soins relationnels.
Tags: Bien-être, maison de repos, Personnes âgées, Psychologie