Au-delà de nos frontières, visite d’une maison de repos au Liban
Mercredi 11 mars 2009Une maison de repos dans un pays où on ne place pas ses vieux car « avoir une personne âgée à la maison protège du malheur et apporte bonheur »

Lors de mes « voyages curiosités », il m’a été permis de vivre une semaine dans une maison de repos d’exception, à Bhersaf, dans le canton de Bikfaya, à quelques kilomètres à peine du centre de Beyrouth.
Nichée à 900 mètres d’altitude au milieu des pins sauvages, face à la méditerranée, sur une superficie d’un hectare et demi, la maison de repos « Longue Vie » a été conçue dans une architecture sobre et élégante. Il s’agit d’une association laïque privée sans but lucratif C’est une maison à dimension humaine et familiale qui héberge 60 résidents et ne bénéficie d’aucun subside de l’Etat. Il n’y a, là-bas, ni sécurité sociale ni INAMI : tous les soins et frais sont supportés par les pensionnaires.
La plupart d’entre eux sont les parents de personnes qui se sont expatriées en Europe ou aux Etats-Unis mais qui souhaitent que les « anciens » restent là où se trouvent leurs racines.
Dès mon arrivée, j’ai été accueillie par le directeur, monsieur Riad Fikani, et son assistante. Nous prenons le rituel café Arabe, dégusté dans le bureau du directeur. Meublé simplement, ce bureau est situé dans le couloir de l’entrée principale au rez-de-chaussée, face à la salle à manger des résidents et non loin des cuisines : il est facilement accessible à tous…Les murs sont garnis des photos d’activités diverses, excursions, repas de fêtes accueillant les familles. Toutes ces photos de résidents aux yeux rieurs sont un peu à l’image de ce directeur souriant et attentionné, qui a pour chacun un petit mot, une attention particulière.
Nous visitons la maison. Le hall d’entrée donne le ton : accueil, simplicité, convivialité et sourires !
Dans l’entrée principale, un salon avec téléviseur, piano, vidéothèque et un petit bureau d’accueil où de 7h à 19h se relaient deux hôtesses polyvalentes. Jean d’arc et Leila sont à la fois réceptionniste et téléphoniste. Tout en surveillant l’entrée de la maison, elles accueillent les visiteurs, saluent les résidents qui se rendent à la salle à manger et, lorsqu’il fait calme, jouent une partie de cartes ou de domino avec l’un ou l’autre pensionnaire (Il arrive même qu’elles offrent un brushing aux visiteurs étrangers !) La nuit, de 19h à 07h, le poste est partagé par deux gardes de nuit qui assurent la sécurité et prêtent main forte à la veilleuse.
La salle à manger est proche de la cuisine, ce qui permet à chacun de se délecter des odeurs culinaires les plus alléchantes avant même de prendre place à table, seul ou entre amis.
Décorée de tableaux champêtres et de petites tables fraîchement fleuries, la salle à manger est un endroit où règne calme et ambiance feutrée. La convivialité est de mise : tout le monde se connaît. Certains d’entre eux jouissent en permanence de la présence d’une dame de compagnie qui prend ses repas en même temps que le résident, ce qui met une touche apaisante de « comme à la maison ».
Les mets servis relèvent d’une cuisine typique et adaptée au grand âge. L’équilibre alimentaire et le respect des régimes prescrits sont vérifiés par une diététicienne.
Les menus, élaborés par le chef de cuisine, sont supervisés par madame Rokka, adjointe de direction. La cuisine libanaise est composée surtout de mets raffinés demandant parfois de longues préparations, cela explique le nombre important de cuisiniers. On servira des mezzés servis avec le pain typique arabe : mezzés vient du mot arabe « tamazzaza » qui signifie : « déguster en petites bouchées en prenant le temps de savourer les saveurs » C’est dire si s’alimenter au Liban est essentiel et prend du temps !
On servira aussi du taboulé (plat typique original), des chich-taouk (petites brochettes de poulet marinées aux épices), des kaftas (boulettes d’agneau haché avec persil et oignons), des Youkneh (plat de riz à la viande avec ail et coriandre), du houmous (purée de pois chiche au cumin et sésame) ou encore les baklavas (petits gâteaux de pâtes feuilletées farcis de purée de fruits secs) : tous ces plats sont confectionnés sur place.
Au petit déjeuner, les petits pains dorés tout chauds, préparés au jour le jour dans la maison, sont accompagnés d’une délicieuse compote de pommes du terroir : j’en garderai longtemps le souvenir !

La visite se poursuit. Au rez-de-chaussée, un salon de coiffure coquet et agréablement équipé accueille les résidents qui le désirent.
Une grande salle d’ergothérapie garnie de tables et de salons permet les différentes activités récréatives.
Un lieu de prière se situe au cœur de la maison où toutes les confessions sont bienvenues : nous apprenons ainsi qu’au Liban il existe plus de dix-huit communautés religieuses différentes (chrétiens, musulmans, chiites, sunnites, druzes…) : les résidents sont respectés dans leurs croyances philosophiques.
Des chambres spacieuses individuelles ou communes accueillent des résidents en courts ou longs séjours ou encore en convalescence.
Les résidents seront accompagnés quel que soit leur devenir c’est ainsi que personnes grabataires, désorientées ou autonomes vivent en parfaite harmonie. Les soins sont assurés par du personnel réalisant le nursing de base (au Liban, les études d’aides-soignantes n’existent pas !) et supervisés par une infirmière chef diplômée.
Chaque étage possède sa pharmacie, la préparation des médicaments étant gérée par l’unique infirmière.
Les soins de kinésithérapie sont prodigués par un kinésithérapeute indépendant attaché à la maison. Il reçoit ses patients soit dans le lieu de vie de la personne, soit, selon les besoins spécifiques, dans la grande salle de physiothérapie équipée du matériel le plus sophistiqué.
Située à l’extérieur du bâtiment, la morgue est équipée de 4 frigos.
Lors de l’admission d’un résident, la maison de repos met à sa disposition gratuitement un camion de déménagement.
La maison de repos dispose également d’une ambulance personnelle pour le transfert de ses pensionnaires vers les hôpitaux les plus proches.
Les lessives sont faites dans la maison et occupent deux personnes. La maison réalise aussi la lessive de couvertures pour la Croix Rouge locale en échange de sang.
A l’extérieur de la résidence, une belle aire de repos équipée de barbecues est à la disposition des résidents et des familles qui souhaitent profiter d’un moment de « rencontres » à l’extérieur.
Un parcours vital a été crée dans la pinède à l’attention des résidents valides ou les personnes en rééducation.
Un potager ponctue les saisons de beaux légumes frais. Un atelier de jardinage est mis à disposition des résidents. Nombreuses plantes y sont bouturées et rempotées afin de renouveler les parterres de plantes et de fleurs qui bordent la résidence.
Un centre de formation « Mont Joli » est attaché à la maison de repos. Il y comporte de nombreuses salles de séminaires ainsi que des chambres pouvant héberger les participants. Il m’a été demandé d’effectuer une formation de sensibilisation aux soins relationnels. J’ai été étonnée par la motivation du personnel à y répondre « présent ».
C’est là qu’est née l’idée de la création d’une école d’aides soignantes à laquelle je pourrais collaborer. Lorsque l’on sait que ce type d’école n’existe pas au Liban, on pense que cette création pourrait donner à la profession une meilleure reconnaissance par plus de compétences et de professionnalisme. Inch Allah !
Me voici aujourd’hui rentrée chez nous, avec des images et des projets plein la tête… Je garde précieusement en souvenir, parmi tant d’autres, la chaleur de l’accueil, la convivialité, le confort de la maison, la qualité des services, le souci d’aller de l’avant… et surtout, les sourires…
Des encouragements de directeurs de maison de repos belges à un collègue Libanais seront certainement encourageants et bienvenus. Vous pouvez contacter la maison de repos Longue vie au Liban : longvie@cyberia.net.lb
Solange GOFFIN
Formatrice
Soins relationnels
Soins aux soignants
Teacher en Validation® Naomi Feil