Archive pour la catégorie ‘Emotionnel’

Le bien-être en maison de repos selon différentes perspectives

Samedi 13 septembre 2008

I. Le bien-être du résident

« En matière d’hébergement gériatrique, raisonner en termes de cadre d’épanouissement, et de cadre d’épanouissement réel, pas artificiel est une façon de raisonner qui nous est à ce jour totalement étrangère ».* L. Ploton, La personne âgée, son accompagnement médical et psychologique et la question de la démence ».

Comment définir, pour un résident en maison de retraite | repos, la notion de bien-être ? S’agit-il seulement, comme on le croit le plus souvent, de la satisfaction de besoins premiers : une nourriture acceptable, des témoignages affectueux du personnel ?

La notion de bien-être ne porte-t-elle pas un sens beaucoup plus large ? Même s’ils ne trouvent pas les mots pour le dire, nos résidents n’expriment-ils par, dans leurs regards, d’autres besoins et demandes ?

Bien sûr, le bien-être passe par un accueil chaleureux, des chambres spacieuses et bien décorées, un cadre de vie agréable, du personnel efficace… Mais au-delà de la sécurité, de l’hygiène, de la santé corporelle…et aussi de la gentillesse du personnel et de la bonne nourriture, comment alimenter le « goût de vivre » de la personne âgée ? Comment lui donner le désir, la force de poursuivre son épanouissement au cours de cette dernière tranche de vie ?

Attardons-nous un instant à tenter de comprendre le ressenti de la personne qui entre en institution et, pour cela, faisons le bilan de toutes ses pertes.

La première des choses que perd la personne âgée est son univers familier, c’est-à-dire son foyer, même si la maison de retraite a accepté une partie de son mobilier … Il a fallu abandonner – avec la certitude que c’est sans retour – les odeurs, l’atmosphère, la lumière de la maison. Les senteurs du jardin et le spectacle du temps qui marque les saisons. L’espace aussi… et tous ces menus objets laissés derrière soi… Que faire devant cette déchirure ?

Autre perte importante, la notion apparente de « citoyenneté ». La personne ne paye plus ses taxes, elle ne va plus acheter son journal, elle n’a plus d’échanges avec ses concitoyens (voisins de rue, de quartier, de village, de palier…) Elle a perdu les repères qui marquaient sa vie de tous les jours.

Ajoutons à cela le fait que, prise en charge par le personnel, elle n’a plus à se préoccuper des problèmes d’ordre matériel qui donnaient un rythme à sa vie. En se fondant dans l’institution, n’en perd-elle pas un peu la notion de « Soi »? N’est-elle pas amenée à penser « nous », pire « on », plutôt que « moi » ?

C’est tout cela qui fait qu’au fil des temps se figent les masques séniles d’indifférence et de non-communication.

Notre rôle est alors de décoder la détresse psychologique cachée derrière ces boucliers de survie mis en place par certaines personnes âgées. Et, après le bilan des pertes, tenter d’accumuler les gains pour faire, de la maison de retraite, un lieu où l’humain est la préoccupation essentielle.

« Humaniser »

Humaniser, c’est se donner pour objectif l’épanouissement de la personne.
C’est permettre à chacun, quel que soit son âge, d’exprimer ce qu’il est, c’est rendre la communication la plus vraie et la plus fluide possible. C’est ne jamais oublier qu’on s’adresse à une personne, fût-elle âgée, et non à un état, la vieillesse.
C’est, sans doute, souvent, changer le « souffle » de la maison de retraite.

Favoriser les relations entre les personnes

La maison de retraite est un lieu de vie, une ville en miniature où se croisent des personnes d’âges différents, de statuts différents.
Elle doit donc être faite de lieux de rencontres, de zones de convivialité où chacun peut se dire, où chacun peut écouter l’autre.
Il convient donc d’éviter de « ghettoïser » les personnes dépendantes ou grabataires dans ces beaux salons parfois cachés du public où, seuls les cris, les bruits incongrus, les frappements ponctuent les longs moments de solitude des journées.
Il convient d’éviter de rendre les personnes dites non-communicantes encore plus « désincarnées » en ne leur donnant que quelques minutes par jour d’attention, de regard, de toucher, la plupart du temps au seul moment des soins.

Encourageons les rencontres, les dialogues, les joies partagées. Accueillons la famille, non seulement en visites de courtoisie autorisées par le règlement d’ordre intérieur, mais pour partager les repas, les activités et pourquoi pas les soins .
Faire de la maison de retraite un lieu ouvert

La maison de retraite se doit d’être, dans l’esprit, un milieu totalement ouvert où l’on entre et sort selon ses besoins et ses choix.
Il s’agit là de s’opposer à des habitudes du personnel qui, contrairement aux pratiques hospitalières, intègre le résident comme un élément devant rester jusqu’à son décès. Comment éviter l’impression que ce lieu de vie est parallèlement un lieu de mort ?
Et comment trouver le bien-être avec, dans la tête, de telles pensées négatives ?
Donner à chacun l’autonomie qu’il est capable d’assumer
Le collectif tend à standardiser les actes, pour les accomplir soit de façon uniforme, soit avec économie. On sait bien que, dans beaucoup de maisons de retraite, on préférera faire le ménage dans toutes les chambres plutôt que de s’interroger sur la capacité du résident qui l’occupe.
Donnons à chacun le plaisir de changer l’eau des fleurs, d’épousseter, de déplacer selon son inspiration, les objets qui font son univers.

Respecter la personnalité de chacun, fruit de son expérience de vie

Les personnes âgées ne sont pas des êtres « à part » mais des individus riches d’une expérience de vie qui explique leur comportement dans leur présent vécu.
Il y a la vieille dame, née en 1902, fille aînée de cinq petits frères et sœurs qu’il fallut élever… Il y a celle qui allait à l’école en sabots et qui avait 6 ans en 1914, au moment de la première guerre mondiale. Il y a celle que les deuils ont fouettée, un mari, un enfant, et qui pourtant ose encore regarder l’avenir.
Connaissons les personnes au-delà de leurs pathologies médicales et chirurgicales. Reconnaissons leurs différences et répondons à leur légitime besoin d’exister.

Reconnaître leur vie affective

Nos maisons de retraite peuvent parfois offrir à certains résidents la possibilité de vivre – sans doute pour une dernière fois – une vie affective.
Reconnaissons-leur le droit de garder précieusement, même dans leur grand âge, l’aptitude à aimer et à donner de l’amour. Reconnaissons-leur le droit d’exister.
Se sentir « exister » n’est ce pas là une notion fondamentale de bien-être ?

Respecter la notion du temps de chacun.

Le temps est au cœur de la vie de l’être humain. Chacun entretient un rapport différent avec les trois aspects du temps : le passé, le présent, le futur. Celui-ci ne vit que par le passé qu’il évoque sans cesse comme si sa vie s’était arrêtée un jour, voilà longtemps. Celui-là veut avoir tout oublié et s’inquiète de l’avenir… qui est souvent la mort plus ou moins proche avec les peurs métaphysiques qui l’environnent. Ces ceux-là vivent en quelque sorte étrangers à eux-mêmes car dépossédés de la réalité du moment présent.
Encourageons-les à vivre au mieux dans l’ici et maintenant en leur offrant des sujets de joies et satisfactions, en les encourageant à développer leur créativité et la fierté du « faire » réussi.

Conclusions

Toutes ces perspectives exigent sans doute une sensibilisation des soignants afin qu’ils soient capables de donner à leur maison de retraite ce souffle humaniste qui permet à la personne âgée de poursuivre dans le bien-être, jusqu’à la mort, son épanouissement

Solange GOFFIN
Formatrice en soins relationnels
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La validation | Alimentation émotionnelle » | de la personne âgée ?

Vendredi 7 mars 2008

La théorie de Madame Feil repose sur la conviction que derrière tout comportement se cache un sentiment.

Exprimés, les sentiments douloureux sont reconnus et diminuent. Par contre, lorsqu’ils sont niés, ils ne font qu’augmenter.

L’intervenant en validation, développant l’empathie, va porter son intérêt sur le vécu de la personne âgée en perte d’autonomie psychique. (intérêt de l’utilisation du génosociogramme). Il ouvre ainsi une porte de communication plus consciente et construit une relation sécurisée et chaleureuse avec ces personnes.

N. Feil appuie sa méthode sur l’échelle des différents stades de vie d’Erikson.
En effet, à chaque stade correspond une tâche à accomplir. Le non accomplissement de cette tâche entraîne un sentiment négatif qui est une « perte » dans le développement de la personne.

Elle ajoute un dernier stade qu’elle appelle : stade de résolution/végétation. Toute personne doit pouvoir accomplir cette dernière tâche au crépuscule de sa vie afin de pouvoir mourir en paix.

1. Petite enfance

Tâche : Apprendre à faire confiance quand il y a frustration.

Non accomplissement de la tâche : Défiance. Je ne suis pas aimé.

2. Enfance

Tâche : Apprendre à contrôler ses sphincters. Suivre les règles. Joie d’y parvenir.

Non accomplissement de la tâche : Honte. Culpabilité. Reproche. Je souille tout.

3. Adolescence

Tâche : Trouver sa propre identité. Révolte. Séparation de l’autorité parentale.

Non accomplissement de la tâche : Insécurité. Délégation du rôle. Je ne suis quelqu’un que si je suis aimé.

4. Adulte

Tâche : Intimité. Partage des premiers sentiments. Etre responsable de ses émotions, de ses erreurs et de ses succès.

Non accomplissement de la tâche : Isolement. Dépendance.

5. Age mûr

Tâche : Produire des nouvelles activités quand les anciennes sont dépassées. Se tourner vers quelque chose de nouveau.

Non accomplissement de la tâche : Stagnation. Fixation sur des rôles dépassés.

6. Age avancé

Tâche : Boucler sa vie. Trouver la force intérieure, l’intégrité. Mélanger le passé au présent. Se donner de nouveaux buts.

Non accomplissement de la tâche : Désespoir. « Je ferais mieux d’être mort ».

7. Très grand âge

Tâche : Résolution du passé.

Non accomplissement de la tâche : Etat végétatif.

La validation porte sur le stade 7. Elle aura donc pour objet d’aider la personne très âgée à accomplir sa tâche de résolution de vie.

Quelle attitude juste adopter, quel comportement adéquat pourrait les aider ?

Que faire pour ne pas sombrer dans la tentation de déshumaniser les patients difficiles en niant leurs souffrances émotionnelles à grands coups de médicaments?

L’attitude à adopter en validation

Le personnel soignant ou non, devra revoir certains « conforts » acquis (voir l’exemple de Mme Rubis) pour adopter des attitudes d’écoute et d’empathie.
En effet, valider c’est avant tout reconnaître les émotions d’une personne, en reconnaissant la personne. C’est la prendre par la main pour faire un bout de chemin avec elle en l’acceptant là où elle est. C’est mettre tout en œuvre pour éviter à ces personnes le repli sur soi et le glissement vers un état végétatif.
C’est prendre conscience que tous ces comportements dits « déments » sont en réalité la preuve d’une grande sagesse et sont également tout ce qu’il reste à la personne pour accomplir ses dernières tâches de vie.
Etre à l’écoute des besoins dans le non jugement et le respect et entendre les messages qu’elle essaie de transmettre au-delà des mots.
Comprendre pourquoi telle personne adopte tel comportement et accepter qu’il soit le sien afin de renforcer le sentiment de sécurité ce qui permettra de faire régresser le stress qui l’habite.
Et tout cela en identifiant le canal préférentiel de communication de la personne (auditif, visuel, kinestésique) pour entrer en empathie avec elle et parler le « même langage ».

Les différents stades de la désorientation

La fuite dans l’état végétatif passe par différents stades de désorientation :

Stade 1 : la malorientation

Stade 2 : la confusion temporelle

Stade 3 : les mouvements répétitifs

Stade 4 : L’état végétatif

Certains patients peuvent parfois « surfer » du stade 1 au stade 2, mais en principe, lorsqu’un patient se trouvant dans un stade n’est pas validé, il « s’enfonce » dans le stade suivant jusqu’au non-retour de l’état végétatif.
Prisonnier dans ce dernier stade, pendant parfois des années, il se retrouve dans l’impossibilité de « lâcher prise ».

Les « techniques » utilisées en validation

Selon le stade de désorientation dans lequel se trouve la personne, différentes attitudes « validantes » sont recommandées.

Il s’agit le plus souvent de :

- Interroger la personne en la questionnant : Qui ? Quoi ? Comment ? Où ? (jamais pourquoi car cela invite à la justification, ce qui est impossible pour le patient)

• Utilisation de mots visuels : « Comment était cet homme ? grand ? petit ? Quelle était sa couleur de cheveux ? »…

• Utilisation de mots auditifs : « Faisait-il du bruit ? Qu’avez-vous entendu quand il est entré dans votre chambre ? »…

• Utilisation du canal kinestésique :« Que ressentiez-vous à ce moment là ? Aviez-vous peur ? froid ? » …

- Utiliser le toucher de la validation : par exemple, le toucher de la mère se traduira par des petits mouvements circulaires avec la paume de la main sur la joue, celui du père sera plutôt la main posée sur le dessus de la tête…

- Utiliser les contraires : « Y-a-t’il des nuits où cet homme ne vient pas ? »

- Utiliser les extrêmes : « Vient-il toujours, toutes les nuits? Qu’arriverait-il si cet homme ne venait plus jamais? Qu’ y-a-t’il de plus grave quand il est sous le lit ? »

- Utiliser la technique du miroir : C’est en quelque sorte en « mimant » exactement la posture et les attitudes de la personne que l’on se met en position d’empathie à travers tout le corps.

- Utiliser la réminiscence : « Quand vous étiez petite, c’était comment ? Et votre papa, comment était–il ? décrivez-le moi ? Aimait-il chanter ? Et que chantait-il ? Ah, le petit vin blanc! Et, si on le chantait ensemble ce petit vin blanc ? ….

Le chant est porteur de grande énergie chez ces patients. Il est curieux de constater combien une personne qui vit dans la confusion la plus complète parvient à chanter, avec émotion, une chanson sans en oublier un seul couplet.

Les effets de la validation

Nous nous sommes rendu compte que le fait d’avoir des relations authentiques avec les patients désorientés change tout à fait notre façon de voir ces patients.
Les membres du personnel qui réservent une part de temps de travail aux soins relationnels retrouvent confiance et motivation.
Ne plus être dans le jugement ou la critique disqualifiante nous donne beaucoup plus de satisfaction dans notre prise en charge thérapeutique.
Le patient dit dément d’une part, redevient une personne de qui on a envie de s’occuper et avec qui on a envie de communiquer et, d’autre part, il a besoin de beaucoup moins de médications calmantes et de contentions qu’autrefois.

Un vieil adage dit que le temps c’est de l’argent… En matière de relation, je suis profondément convaincue que le fait de donner du temps permet, presque toujours et sur bien des « postes », d’en gagner.

©Solange GOFFIN

(1) Les formations agréées par le « validation training institue » sont dispensées par le centre Rhapsodie à 1180 Bruxelles Chaussée de Waterloo, 282.

(2) Extrait du livre : « Validation mode d’emploi », Naomi Feil,Ed.. Pradel 1997.